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24/01/2012

[Interview] Dabaaz - Textes & textiles (2ème Partie)

Après une rétrospective détaillée sur son parcours dans la 1ère partie de cette interview, Dabaaz nous parle de son écriture, de ses influences, de ses coups de coeur et surtout de l'avenir!

STEREOTREE: Donc, 2012 semble être celle du véritable retour aux affaires avec la sortie d'un nouvel opus de Triptik. Peux tu nous en dire plus?...

DABAAZ: Exactement, on sort notre premier clip tous les trois, après 9 ans d'absence. On sort un EP en totale indépendance qu'on va tenter d'accompagner d'une tournée et d'un maximum de vidéos. Si on y arrive, alors ça sera déjà très bien, on va pousser ce projet du mieux possible malgré nos emplois du temps chargés. On continue les soirées Can I Kick It? avec MPC Prod. J'ai quelques morceaux solo à lâcher, j'ai fait aussi un titre avec Deen Burbigo et Esso (Cool Connexion) sur une prod. de Guillaume du groupe The Shoes, je suis assez content du mélange, le clip devrait arriver à la fin de l'hiver.

STEREOTREE: Peux-tu nous expliquer la façon dont vous travaillez à trois et en quoi vos parcours solo à chacun nourrissent la formule Triptik?...

DABAAZ: Pour l'instant on a avancé en pointillets, chacun faisait ses projets perso et on se retrouvait tous les mois pour avancer sur Triptik. Ça risque de foutre un peu le bordel si Triptik nous prend plus de temps une fois la tournée lancée, on composera, pour moi c'est une priorité. Chaque projet extérieur à Triptik élargit notre réseau et notre champ d'action, que ce soit les autres projets musicaux, les soirées ou les sapes. Tout va dans le même sens. C'est très nourrissant!

STEREOTREE: Concernant ton approche de l'écriture, on peut remarquer que tu ne cesses d'évoluer et, supposément, de te remettre en question, tant dans la forme que dans le fond. Tout d'abord, Peux-tu nous parler de ton flow et de ta technique, qui semblent tout les deux s'orienter vers une certaine épure?

DABAAZ: C'est vrai que je suis passé par pas mal de phases, et aujourd'hui j'essaye vraiment d'aller le plus loin possible dans les textes et d'épurer au maximum la forme. J'essaye d'être le plus précis et compréhensible possible, j'essaye d'aérer mon flow. Je m'autorise des petites fantaisies de temps en temps mais je préfère me concentrer sur un truc naturel, plus intemporel. J'ai besoin de faire un truc qui me ressemble, de dire des choses, j'essaye de me débarrasser de tous les artifices derrière lesquels on a souvent tendance à se cacher. J'écoute du rap tout le temps, je suis toujours fourré sur les sites cainri (Nahright, etc), Jay-Z est une source d'inspiration au même titre que Kendrick Lamar, j'écoute un peu de rap français, soit des classiques, soit des trucs du moment, ça m'influence aussi.

STEREOTREE: Ensuite, après des thèmes finalement assez "Hip Hop" abordés en groupe, et des thématiques plus éclectiques, personnelles et parfois légères sur ton solo, tu sembles aussi te diriger vers une nouvelle maturité dans tes textes, qui semblent emprunts d'un certain recul sur le milieu musical et la vie en général. Qu'est-ce qui te pousse à écrire aujourd'hui?

DABAAZ: Ce qui m'intéresse dans le fait de continuer le rap à 35 ans, c'est de raconter mon quotidien, c'est un truc qui manque dans le rap français: des gars de mon âge qui parle de paternité, de couple, de fonsdé, de tentations, etc. J'essaye de me débarrasser des thématiques de base du rap pour aller vers quelque chose de plus personnel, de plus vrai. Ma vie ne ressemble plus du tout à celle d'un rappeur. Je ne suis pas sur la route, je ne passe pas mes nuits en studio, je ne vais pas voir beaucoup de concerts. Effectivement je préfère rester en recul, j'ai passé l'âge de traîner en bande. J'ai la chance de bosser avec mes potes et de pouvoir me lâcher une ou deux fois par mois, rencontrer les gens qui m'écoutent dans nos teufs ou nos concerts, c'est déjà très bien.

STEREOTREE: J'aimerais revenir sur ton track "Ça Fait Un Bail". Très remarqué, il est pour moi un véritable ovni dans le paysage, la maturité et le recul dont tu fais preuve sont rares, mais au delà de ça, le fait d'assumer tes failles et faiblesses relève d'une posture qui se situe aux antipodes de l'attitude plutôt arrogante du MC en général. Et pourtant ce track fait l'unanimité ou presque, t'y attendais-tu en l'écrivant? Comment considères-tu ce morceau?

DABAAZ: Je savais que j'étais allé le plus loin possible pour moi. C'est cliché de dire ça, mais je devais m'affronter. Je n'ai réussi à finir ce texte que quand ça allait mieux, je ne pouvais pas finir sans une note d'espoir. Le deux premiers couplets racontent exactement l'état d'esprit et l'état des lieux en 2009. J'ai été le plus clair et le plus franc possible, je me suis débarrassé des artifices "rap" dans l'image, et ça a plu, les gens se sont reconnus. Maintenant, ça m'a ouvert l'esprit, c'est dans cette démarche que je me sens le mieux quand je suis en solo. Raconter ma vie.

STEREOTREE: Peux-tu nous évoquer un peu les artistes qui t'ont influencé "à l'époque" et ceux qui te font vibrer en ce moment et pourquoi?

DABAAZ: Alors, en français, il y a NTM, Akhenaton, les Sages Po', La Cliqua, Time Bomb, Moudjad... Et en rap cainri, Jay Z, Wu-Tang, Boot Camp Click, Dip Set... En ce moment, je suis de près des nouveaux comme Kendrick Lamar, Smoke DZA, Action Bronson, Jay Electronica et toujours les anciens comme Jay-Z, Slick Rick ou Clipse (enfin Pusha T). J'aime aussi les gars plus actuels comme les Cool Kids, Pac Div, A$AP et compagnie...

STEREOTREE: Tu as été à la fois un acteur et un spectateur privilégié de la renaissance du rap français observée en 2011, quel est ton regard là-dessus et en quoi celà nourrit-il ou non ton processus créatif? Quels artistes semblent les plus prometteurs à tes yeux?...

DABAAZ: C'est vrai que depuis que je travaille Chez QHUIT, je recommence à croiser des rappeurs (nouveaux et anciens). Ça me fait du bien parce qu'entre 2007 et 2010, je ne croisais plus grand monde (trop de taf, plus le temps de trainer dans les open mic et les radios) et surtout tout le monde s'en branlait du rap français! Depuis que je suis aux Abbesses, on organise des apéros, des évènements et j'ai donc revu pleins de têtes. Avec Poyz&Pirlz, on avait déjà commencé les soirées depuis 2008, j'y ai vu débarquer une nouvelle génération de rappeurs. Les premiers que j'ai rencontré c'était Cool Connexion, j'étais choqué! Ahah! Je découvrais des gars qui avaient plus de 10 ans de moins que moi et qui rappaient dans un style encore plus old school que lorsqu'on a commençé à rapper y'a plus de 15 ans. La boucle était bouclée, j'étais ému, c'était beau de voir qu'en France, notre génération avait laissé un héritage. A l'époque, j'étais assez blasé par le rap jeu, j'avais vu tout ce qu'on avait construit fin des 90's/début 2000 s'effondrer. Le fait de revoir l'engouement des plus jeunes, d'abord pour Sexion d'Assaut, puis Rap Contenders, puis 1995, puis à toute l'histoire du rap français m'a redonné de l'espoir. Ça m'influence forcément mais je suis vraiment rivé sur le rap américain, voire légèrement bloqué, ahah!
La nouvelle scène est surproductive, je ne peux pas vivre comme eux, je n'ai plus 20 ans. Par contre, je kiffe les regarder évoluer, un peu comme si c'était mes ptits cousins, mes fils, ahah! Je suis fan en vrai. Je pense que Cool Connexion, 1995, 3010, A2H, Bon Gamin, Deen Burbigo on les armes pour aller très loin. Y'a aussi des anciens qui ne sont jamais partis ou qui reviennent lourd: JL, Oxmo, Seär, Rocé, etc...

STEREOTREE: Pour rester dans le sujet, peux-tu nous parler un peu plus du concept Can I Kick It? et de ton rôle là-dedans?

J'ai eu l'initiative de faire un concert géant de rap français (5h de show) à notre sauce, après avoir croisé et recroisé toutes ces têtes du rap français, après avoir organisé avec David de MPC Prod. des dizaines de soirées Poyz&Pirlz, je me suis dit que ça serait beau que les nouveaux et les anciens partagent la scène dans une ambiance un peu différente de ce qui s'était fait dans le genre jusqu'à présent. J'ai un rôle de directeur artistique et d'organisateur (que je partage avec Greg, Drixxxé, David de MPC Prod. et Sam Rixon).
Avec Sam, on a mis en place la charte graphique et le système de freestyles video teasers (on n'a rien inventé d'ailleurs, j'ai été directement influencé par ce que faisaient Creative Control ou des magazines comme XXL aux Etats-Unis.)
Le jeu des vidéos teasers à bien marché, la première soirée a été un succès. On l'a fait au bon moment je pense, tout le monde était prêt, les jeunes, les vieux et le public. On en a fait une autre six mois après, gros succès mais trop de groupes, trop de monde, trop petite salle. On réfléchit pour améliorer ça à la prochaine. Je continue à guetter les nouveautés rap français, je découvre pas mal de bons trucs. On essaye de faire des plateaux cohérents. Mélanger au maximum les générations, les styles et les niveaux de notoriété dans une certaine harmonie. Ça fait toujours plaisir de se réunir entre artistes qui s'apprécient devant une audience bouillante!

STEREOTREE: D'un point de vue extérieur, Triptik et donc toi par extension, était un représentant solide d'un certain Boom Bap, héritier du son indé New-Yorkais par excellence. Aujourd'hui, après vos escapades solo, force est de constater que c'est finalement loin d'être le cas. Comment vis-tu et arrives-tu à faire la passerelle entre tes différents publics?

DABAAZ: LeTriptik cuvée 2012 ressemble beaucoup à Triptik en 2003. Tout ce qu'on a pu faire avant en solo ou en feat. est très différent de ce que Triptik est en train de faire. Les gens sont assez ouverts, plus qu'il y a dix ans, je trouve. On aura le public qu'on méritera. Mais on a toujours fait des passerelles en terme de public, je pense qu'il sera de plus en plus mélangé avec ce qu'on s'apprête à sortir.

STEREOTREE: Hormis Triptik, peut-on s'attendre à plus de Dabaaz sur disque cette année, peut-être même un solo?

DABAAZ: Oui, mais la priorité étant Triptik, les sorties solo seront plus espacées, un clip solo tous les deux mois serait parfait. Je pense que je vais y arriver, ahah! Mais pas de disque prévu pour l'instant...

STEREOTREE: Depuis le temps, tu as pu collaboré avec un certain nombre d'artistes, mais y a t'il des noms avec lesquels tu aimerais réellement bosser, et pourquoi?

DABAAZ: Je penserais aux collaborations plus tard, j'ai beaucoup à faire avec Triptik et en solo!

STEREOTREE: Tu es connu pour ton travail en tant que cover artist (Onra & Byron, Bunzen, Triptik...), graphiste et créateur (Poyz&Pirlz). Je suis assez curieux de connaître ton point de vue sur l'importance du visuel et des pochettes dans la musique et peut-être celles qui t'ont le plus marqué?

DABAAZ: C'est très important le visuel ! Ça fait parti de ce que montre en premier un artiste: sa gueule ou un artwork. Donc, en vrac: les pochettes de labels comme BBE, Rawkus, Stones Throw, Espionnage, des artistes comme Akroe, So Me, Alex Wise, Arthur King & 360. Enfin y'en a tellement, c'est difficile...

STEREOTREE: Le mot de la fin?...

DABAAZ: "On va s'éclater !" Ahahah!

28/07/2011

[News] 199X

Un communiqué en provenance de KDBZIK, label de Zoxea & Melopheelo (Sages Po') vient d'être publié et concerne le groupe 1995. Chacun se fera sa propre opinion, mais il a le mérite d'éclairer un peu plus sur, entre autres choses, le EP "La Source", sorti récemment. Loin de nous l'idée ou l'envie d'attiser le conflit, mais il est évident, alors que nous avons parlé à plusieurs reprises de cette nouvelle scène française, d'ajouter cette pièce au dossier.

"Au vu des interrogations soulevées récemment concernant les relations entre 199X et KDBZIK, nous avons décidé qu’il était nécessaire de faire une mise au point à ce sujet par soucis d’honnêteté envers le public de nos artistes fondateurs : Zoxea et Melopheelo, et de ce qu’ils représentent pour le rap français et particulièrement le rap « à l’ancienne » dont ce groupe pense pouvoir se prévaloir.


Quand KDBZIK a découvert 199X, le groupe s’appelait POS Crew et assistait aux ouvertures d’atelier proposées par Zoxea alors en résidence au CENTQUATRE, un établissement artistique de la ville de Paris dans le 19ème. Ces ouvertures étaient l’occasion pour Zoxea d’échanger avec le public au sujet de l’histoire du rap en France, de sa carrière, de ses valeurs et se terminaient par un rituel open mic auquel participaient de nombreux MCs.


Après 9 mois de résidence, nous avons pris la décision de proposer une signature en édition au POS Crew. Pourquoi? Parce que nous pensions que le groupe pouvait amener une certaine fraîcheur au rap et qu’avec les conseils avisés des frères Kodjo, leur savoir-faire, le résultat serait très bons. Nous avions dans l’idée de faire le pont entre la génération Sages Poètes de la Rue et la nouvelle génération, un pont fait de travail, d’une passion commune pour le rap et de valeurs humaines. Un pont qui nous aurait permis, tous ensemble, de prendre les rênes du rap pour le meilleur et de démocratiser cette musique sous son aspect qualitatif pour le plaisir de tous.


Nous avons malheureusement vite observé que ce n’était pas réalisable à cause du comportement de certains membres du groupe : arrogants, irrespectueux et vils. Arrogants parce qu’ils disent s’être faits tout seul alors que le vidéoclip qui les a mis en lumière est né de notre impulsion, que beaucoup de leurs partenariats proviennent de notre réseau et que l’un d’eux refusait leur nouveau nom qu’il considérait comme un « blaze de contrat », puisque nous les avions conseillés dans ce sens. Irrespectueux parce qu’après avoir claqué la porte de KDBZIK, ces membres ont choisi de faire figurer sur le maxi La Source un titre enregistré avec Zoxea sans lui demander son autorisation et ont mal orthographié son nom sur les supports, irrespectueux parce que ce maxi tels qu’il est en vente n’est rien de plus que des maquettes que Zoxea leur avait conseillées de retravailler. Vils parce qu’ayant planifié leur départ du label, certains membres du groupe ont joué de leur appartenance à KDBZIK pour obtenir une crédibilité auprès de divers interlocuteurs afin de bénéficier d’entrées, d’une étiquette « rap à l’ancienne » dans la tendance et probablement d’une crédibilité leur permettant de s’éloigner de leur ressemblance au groupe PZK, vils parce qu’après avoir quitté le label, un des membres du groupe a proposé les services de leur avocat à un de nos auteurs pour lui faire quitter KDBZIK et rejoindre 199X dans une structure éditoriale en cours de création, vils parce que des membres du groupe se targuent d’avoir produit leur maxi en totale indépendance alors que deux titres sur huit ont été produits dans un studio loué par KDBZIK, vils parce qu’ils crient leur indépendance alors que certains membres du groupe ne cherchent qu’à faire augmenter les enchères parmi les maisons de disques dans le cadre de l’obtention d’une signature.


199X n’est pas la relève du rap français. 199X est une imposture. KDBZIK et son entourage refusent d’être associés à ça.


Rapper ne se résume pas à aligner allitérations et autres assonances sur des samples pour faire preuve de technicité. Rapper ne consiste pas à copier grossièrement les icônes de ce genre que sont les Sages Poètes de la Rue, les X Men, La Cliqua, Fabe et tant d’autres. Rapper est un art qui s’exprime par amour de la musique, nourri par un vécu et des expériences, pour transmettre un message et, au delà de la musique, c’est aussi avoir des valeurs parmi lesquelles : respect, reconnaissance, partage et humilité. Sans ça, tu rappes faux, et si tu rappes faux…"


Histoire d'être complet et partial, voici la réponse du crew 1995...


"Quand votre "éditeur" ne fait rien pour vous, quand votre "éditeur" met ses intérêts personnels en avant dans sa démarche en votre nom auprès des acteurs de l’industrie du disque, quand votre "éditeur", ivre mort, vous manque de respect en ayant des propos racistes à la fin de vos propres concerts, quand votre "éditeur" vous ment ouvertement en profitant de votre jeunesse dans le business, quand votre "éditeur" vous menace, quand vous ouvrez les yeux sur ce qu’il représente vraiment aux yeux de beaucoup de gens ayant œuvré pour sa réussite, quand votre "éditeur" n’a finalement jamais été légalement votre éditeur… et bien vous avez tout simplement envie de faire vos bails de votre côté!


Ne vous en faîtes surtout pas pour notre respect pour les anciens, les vrais savent; et pour le reste, 1995 s’est construit seul depuis le début et continuera ses affaires avec des gens sérieux! Tirez en vos propres conclusions, croyez-le ou pas, ceci sera notre seule et unique réponse sur le sujet. Big up à nos souteneurs et attention aux imitations. 95'"

28/06/2011

[Chronique] 1995 - La Source (2011)

Genre: Rap français nostalgique
Label: L'Or Noir / Musicast
Date de sortie: 27 Juin 2011
Production: Juliano, Jimmy Whoo, DJ Lo, Fonky Flav'.
Featurings: Zoxea, Sabrina.

Nous vous parlions du phénomène 1995 il y a quelques temps de ça, lorsque nous tentions de dresser une liste (non exhaustive) des artistes qui nous semblaient apporter un souffle de renouveau sur le rap français, au cours d'une année qui s'avère clairement charnière pour ce dernier. Bénéficiant d'un buzz vertigineux, dû à leurs apparitions remarquées lors des battles Rap Contenders ou grâce à leurs nombreux street clips explosant les scores de vues, le groupe sort donc un premier EP, "La Source", clairement attendu, tant par leur masse de fans que par les acteurs/observateurs du milieu.

D'entrée, le track titre, "La Source", pose le décor, 1995, comme son nom l'indique, est groupe habité, voire hanté, par tout un pan du rap français (de qualité!) du siècle dernier, époque à laquelle la plupart des MC's du groupe trimbalait son swag en maternelle. Boucle, kick, snare, charley, scratches... Tout y est, ce track, comme d'autres qui suivent, est une véritable machine à remonter le temps où même le refrain sonne comme à l'ancienne. Même constat sur "Laisser Une Empreinte" ou "Réflexxxion", dont même les scratches rendent hommage à Iam. Aucun doute, ces jeunes ont dévoré et digéré les oeuvres de leur prédécesseurs et nous en régurgitent leurs interprétations, mais tout celà manque cruellement d'originalité et l'écoute se transforme rapidement en plaisir coupable, partagé entre le bonheur de réécouter des sonorités qui ont bercé notre propre adolescence (si toi aussi, tu es un trentenaire...) et la déception causée par cet incessant sentiment de déjà-entendu.

Signalons tout de même, moins marqués, les tracks "Tip", oppressant et lancinant à souhait où Nekfeu est simplement énorme, ou "À Chaque Ligne", visité pendant huit courtes mesures par le parrain Zoxea. Artistiquement parlant, le meilleur morceau est, sans l'ombre d'un doute, "Je Brille", doté d'un sympathique beat de Jimmy Whoo, atmosphérique à souhait et se démarquant sans peine dans la foulée. On en aurait presque souhaité que le jeune homme produise entièrement cet opus. Malgré tout, "Milliardaire" montre lui une volonté plus contemporaine, avec des variations très "Cool Kids" qu'on aurait souhaité plus longues!

Quand aux MC's, il ya beaucoup de choses à dire. Tout d'abord Nekfeu, tête de gondole du crew, tire logiquement son épingle du jeu, moins cartésien que ses comparses, même si l'on sent encore bien trop ses influences la moitié du temps, là encore, un peu plus d'ambition artistique devrait lui permettre de s'émanciper et de s'envoler, car le potentiel est clairement là. Alpha Wann, ensuite, n'est pas très loin derrière. Possédant un vrai charisme vocal, le MC brille et montre lui aussi un énorme potentiel, mais un couplet de ci de là ne permet pas de réellement l'exploiter, on attend un solo! Derrière, le très jeune Sneazzy West a une touche bien à lui, entre douceur et arrogance juvénile, mais manque encore de présence et de contenu (défaut qui s'étend souvent aux autres) et surtout paraît être celui qui bénéficierait le plus de beats plus "modernes". Quand à Areno Jaz et Fonky Flav', ils semblent prisonniers du style de leurs collègues plus connus et encore plus que les autres de ce qu'ils ont pu écouter à droite, à gauche. Bref: au travail.

Le souci du style adopté par tout ce collectif, faisant la part belle aux rimes multi-syllabiques, à la technique et aux punchlines, associé à leur jeunesse, est qu'il offre un résultat souvent creux où les egotrips, bien que plaisants (toujours ce plaisir coupable!), tournent forcément en rond pour une vraie sortie, et où même les thèmes ("La Flemme", "Reflexxxion") ne décollent que trop peu souvent car écrits sur le même principe et la même intention qu'un de leurs égotrips (suite de phases et de rimes). Mais c'est un reproche facile et tatillon, car on peut largement mettre ça sur le compte de leur âge et manque d'expérience, et l'on sent aussi, lors de quelques fulgurances, que Nekfeu a des fêlures à exploiter et des velléités esthétisantes dans ses textes qui augurent du meilleur.

En conclusion, "La Source" est un bon moment, sans doute plus appréciable quand on a 15/20 ans que 30/35, quelque part entre les Sages Po' et ATK. Mais surtout, et c'est là peut-être le point le plus important de cette sortie et du phénomène entourant ce groupe et L'Entourage en général, il s'agit là d'un véritable retour médiatique d'une certaine frange du rap hexagonal et espérons que les kids délaissent enfin leurs références nauseéabondes pour enfin apprécier les rimes, les flows et tutti quanti. Quand au groupe, lui-même, on souhaite réellement les voir s'émanciper de leurs nombreuses influences et nous pondre un LP avec de réelles prises de risques artistiques et thématiques, apte à marquer durablement le paysage...

1995 "La Source" by ofivetv

22/05/2011

[News] New kids on the block...

Attendue autant par les fans que par les sceptiques, la première sortie discographique du groupe 1995 est dorénavant datée. En effet, les jeunes parisiens issus du crew L'Entourage délivreront un EP de huit titres intitulé "La Source" le 27 Juin prochain.

Nous retrouverons donc Nekfeu, Alpha Wann, Sneazzy, Areno Jaz, DJ Lo et consorts pour ce qui s'annonce être un Boom Bap décomplexé et rempli de rimes multi-syllabiques. On en reparle, assurément.

02/05/2011

[Interview] Greg Frite - Antithèse d'un homme-sandwich (1ère partie)


Nous avons l'immense plaisir de recevoir dans nos branchages le sémillant Greg Frite, plus connu pour certains comme Blackboul du groupe Triptik. Fort de quatre opus passés à la postérité, l'homme revient avec nous sur sa carrière et surtout porte un regard plus qu'intéressant sur le présent et l'avenir...


photo by Guillaume Landry
STEREOTREE: Tout d'abord, de Black Boul' à Greg Frite, peux-tu revenir sur ton parcours, de la naissance de Triptik à l'effervescence actuelle qui entoure tes projets, en passant bien évidemment par ta semi-retraite...

GREG FRITE: Dabaaz et moi nous sommes rencontrés en vacances vers 1991 et direct, on s'est retrouvé à parler Rap US et Français. A l'époque, on ne se voyait pas pendant l'année scolaire, lui était dans les Hauts-de-Seine et moi dans les Yvelines. Et puis y avait ni internet, ni portable, ni réseaux sociaux... Du coup chaque été, quand on se retrouvait, le jeu consistait à se faire découvrir l'un l'autre nos coups de coeur musicaux du moment. Puis arriva ce fameux mercredi de 1995 (pas le groupe mais l'année!) où l'on se croisa par hasard à Châtelet et où il me proposa de venir "rapper" chez un de ses anciens potes de lycée (Drixxxé). Je griffonnais un truc pété pour le samedi et c'était parti!! La formation effective de Triptik n'arriva qu'en 1996/97, puis ce fut ce "tourbillon artistique" aussi improbable que fabuleux à vivre... Mais en 2004, à la suite de pas mal de galères (départ de notre manager des débuts, crise du disque due au téléchargement illégal et fatalement gros soucis de trésorerie pour notre propre label Concilium Production, envie d'évoluer en solo, etc...), on a finalement décidé de "prendre l'air"... 
C'est à ce moment-là que j'ai acheté mon matos pour faire mon son et m'enregistrer. Par conséquent ma "semi-retraite" n'en était pas une puisque ça m'a permis d'apprendre, d'essayer des trucs et de définir précisément mes forces comme mes faiblesses. 

STEREOTREE: Triptik a eu un impact considérable au sein d'un certain public, de part vos flows, vos beats et votre démarche foncièrement indépendante (dans la forme comme dans le fond), et vous restez une influence de poids pour de nombreux jeunes artistes dans l'hexagone. Comment appréhendes-tu ce statut?

GREG FRITE: A vrai dire je ne vois pas le truc comme ça. Pour moi ce qui est fait est fait! J'ai toujours été fondamentalement tourné vers l'avenir, vers le morceau ou le jour d'après. J'aime trop ce concept de remettre les compteurs à zéro tout en restant soi-même, d'où "Greg Frite". Moralité: inconsciemment, je me fixe toujours des objectifs à court, moyen et long terme, ce qui m'empêche de regarder en arrière ou de me mettre une pression par rapport à ce qu'on attend de moi. Je crois que je garderai toujours cet "esprit du débutant", je me dis toujours que ce sera encore mieux demain. C'est mon paradoxe, je suis à la fois complètement optimiste par rapport à ce que je peux fournir plus tard, grâce à l'expérience que j'acquiers chaque jour, et en même temps je suis un éternel insatisfait à la recherche d'une perfection qui n'existe pas. Selon moi, c'est d'ailleurs précisément là que se trouve la vraie beauté de la musique et des arts en général, on y recherche la perfection toute sa vie; c'est une quête sans fin. 

STEREOTREE: Comment vois-tu l'évolution du Hip Hop en général et du rap français ces dernières années, et dans quoi te retrouves-tu aujourd'hui?

GREG FRITE: Je dois avouer que mes connaissances en Danse, en Graffiti comme en Deejaying 
sont assez limitées, même si j'ai toujours eu une réelle admiration pour ces disciplines lorsqu'elles sont "incarnées" par de véritables talents. La faute à ma passion pour le rap, quoique je ne me définisse pas non plus comme un "historien" en la matière, haha!! Bref, il y a encore un an le rap français était mort, mais depuis peu un nouvel élan s'est amorcé. Alors bon, je préfère ne citer personne parce que je risquerai d'en oublier, mais des talents émergent partout en France et même en Belgique, en Suisse ou au Québec. L'époque actuelle est juste folle tant les mecs et les filles arrivent avec des packs complets: le fond, la forme et un univers. En ce moment, je découvre au moins un MC/groupe "plus que valable" chaque semaine; du jamais vu auparavant! A croire que la chute du "rap français" a permis l'avènement du "rap en français". À suivre...

STEREOTREE: Peux-tu m'en dire plus sur tes projets à venir? Un album de Triptik? Le projet DjunZ? un éventuel solo?...

GREG FRITE: Triptik va revenir gentiment avec un premier morceau pour cet été mais 4 autres sont déjà sérieusement avancés. Dans un premier temps, on va privilégier la scène parce que c'est notre moteur et que maintenant Drixxxé est avec nous sur scène. DJ Pone fini l'album de Birdy Nam Nam (qui tue!!) et va sortir un side project surprenant. Sinon on peut raisonnablement tabler sur un prochain album de Triptik en 2012.
Avec DjunZ (Rimcash, Didaï et moi), on a déjà une quinzaine de titres en boîte mais ça arrivera par vagues successives à partir de cet été avec des featurings savoureux...
Côté solo, 
dans mon disque dur externe, j'ai une sélection d'une trentaine de morceaux que j'estime défendables. J'en ai composé une bonne partie et mon DJ Jean Pal a produit l'autre. Mais comme je me suis beaucoup trop enfermé pour enregistrer tout ça, pour l'instant je privilégie l'ouverture et les collabs avec des artistes que j'apprécie ou que je découvre.

STEREOTREE: On sent une véritable famille artistique derrière ces projets, entre Dabaaz, Drixxé, Grems, Rimcash & Didaï, Frer200, A2H, et j'en passe... Peux-tu nous raconter un peu comment ça se trame?
photo by Guillaume Landry

GREG FRITE: Y a aussi Set & Match, Nemir, Kussay, Ockney, 1995/L'Entourage, Aelpéacha, Gérard Baste, Welsh Recordz, Gero, Veerus, Noir Fluo, Artik, Weedy, 3010, Kacem Wapalek, Tismé, Meksa, Machinist et bien d'autres... Aaargh, j'avais dit que je ne citerai personne! Bah ouais, aujourd'hui c'est juste fou! O
n se connait tous et on fait tous du son ensemble! Grâce à internet et aux réseaux sociaux, les affinités humaines comme artistiques n'ont jamais aussi évidentes et les collaborations n'ont jamais été aussi simples à mettre en place. A ce propos, faudrait qu'on finisse notre morceau Monsieur Ripklaw!... Le plus dingue c'est que cette émulation ne se cantonne pas uniquement à la musique, j'ai des potes opés dans tous les arts comme Thomas Ngijol, Alexis Peskine, Guillaume Landry, Franck Jessueld, John Waxxx, les Busyest, Mega, etc... A noter qu'avec Dabaaz et David MPC, le 25 juin prochain, on va organiser un concert au Nouveau Casino à Paris où l'on verra se "mélanger" Triptik, Rimcash & Didaï, DjunZ, 1995, A2H, Cool Connexion et Charly Greane donc restez câblés... Bon, c'était la minute "name dropping", hein. Haha!!

STEREOTREE: Peu le savent, mais tu a récemment fait l'acteur dans "Les Anges S'Habillent Caillera", c'est quelque chose qui t'attire, que tu comptes creuser?

GREG FRITE: Alors déjà, c'était juste un des teasers vidéos réalisés par Domy Prod pour le lancement du roman de Rachid Santaki. Et puis je n'avais qu'une vingtaine de lignes à apprendre donc on peut pas encore parler de métier d'acteur. Mais bon, pourquoi pas. J'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de similitudes avec le Pera au niveau du mécanisme d'interprétation; le souci de justesse est sensiblement le même. Moralité: on verra bien!..


Interview réalisée par Rip Laimbeer

29/04/2011

[News] Ville Basse

Nous vous en parlions, l'année 2011 sera celle du renouveau du rap hexagonal. Une pierre à l'édifice est donc apportée par A2H, jeune MC prometteur et tout-terrain, avec sa nouvelle street tape "Downtown" où il officie aussi en tant que beatmaker.


Au programme un boom bap sobre et efficace où sont conviés les membres de son crew Palace, mais aussi quelques têtes connues comme Greg Frite (Triptik), Gerard Baste (Svinkels) ou le freshman Nekfeu (1995/L'Entourage). Bref, il ne vous reste plus qu'à consommer la chose gratuitement en vous rendant sur le site officiel d'A2H.

13/04/2011

[Focus] Hexagone exsangue?

Depuis un certain nombre d'années, voire une décennie, il est coutume de dire que la scène Hip Hop française est mourante, en déclin voire simplement inexistante pour certains. Ceux qui parcourent nos branchages depuis plus de trois ans savent qu'il n'en est rien et que notre fier pays cache en on sein des talents n'attendant que la lumière des spotlights. Au moyen de notre série "Beat Heroes Collection" ou encore de nombreux articles, nous avons tenté, humblement, de mettre notamment en avant la scène du beatmaking, particulièrement en forme depuis une demi-douzaine d'années. Des noms comme Tayreeb, Onra, Dal-Gren, Fulgeance, Le 4Romain, La Fine Equipe, Débruit, et j'en passe de nombreux, ont tous démontrés, à leur façon, que le beat made in France n'avait rien à envier au reste du monde. Mais là n'est pas le sujet, aujourd'hui.

Concrètement, ces derniers temps, combien de projets estampillés Rap Français (avec un ou plusieurs MCs, donc) et sortis récemment, méritent réellement une considération à long terme? Combien de classiques? Combien d'incontournables? La proportion par rapport aux années 90, alors qu'il y avait à priori moins de groupes et de moyens, fait peur à voir. Alors, certes, on pourra arguer que la médiatisation a forcément nuit à qualité des sorties, on pourra pointer du doigt les radios, les majors, l'air du temps, quoiqu'il en soit le résultat est là. Et si l'on retiendra quelques opus joliment carrossés, le Rap en France semble tout de même malade, victime d'un niveau général de MCing plutôt médiocre et bien souvent d'un manque de direction artistique affligeant.

Triste constat si ne nous grattions pas un peu la couche de crasse en profondeur, comme nous l'avons fait depuis nos débuts. Nous avons tenté de mettre en avant, parfois contre vents et marées, des entités telles que D3CCPT, Artik ou encore Beatease Concept. Et nous tentons, au jour le jour, de donner un peu d'éclairage à des acteurs doués mais parfois trop en décalage avec ce que le grand public semble aujourd'hui appeler Rap.

TRIPTIK
La liste est longue, mais non, le Rap Français n'est pas mort. Nombre de vétérans affutés arpentent encore le champ de bataille, plus alertes que jamais. Mentionnons Dabaaz et Greg Frite de Triptik, on ne peut plus frais et innovateurs malgré les années, ce tant dans le fond que dans la forme, et continuant d'influencer la jeunesse rapologique. Citons aussi l'iconoclaste Disiz ou et l'hyperactif Grems, dont les aventures crossovers, à l'un comme à l'autre, contribuent à paver la voie. Toujours dans la "vieille garde", parlons de Zoxea et Dany Dan, de Specta (Saïan Supa Crew), Vestat (Basic, D3CCPT), Kohndo, Kamnouze et consorts, continuant tous à leur façon de brandir le mic et la bannière du MCing avec talent, quand bien même les regards ne sont pas ou plus braqués sur eux. On attend leurs prochaines alves de pied ferme! Et n'oublions pas 20Syl ou Oxmo Puccino qui, malgré des sorties décevantes, ont largement contribué, encore aujourd'hui, à l'élargissement de l'horizon rapologique dans nos frontières.

ARTIK
Mais, la question qui se pose réellement reste la même: existe-il une relève à la hauteur? Et bien nous répondrons positivement, sans sourciller un seul instant. Oui, la relève est bel et bien présente, et 2011 sera même potentiellement son âge d'or. En premier lieu, la volonté de mettre Artik en avant n'était pas innocente et ne tenait pas du copinage mal placé. Non, l'homme est, tout simplement, l'un des tous meilleurs MCs en exercice aujourd'hui et l'on attend plus qu'un véritable album pour réellement apprécier l'étendue de ses talents. L'exercice du LP, dont la difficulté est bien connue pour un MC ayant acquis un statut via la scène freestyle sera donc la véritable épreuve de force pour celui qui a déjà convaincu son monde avec "Soyez Sympas, Téléchargez".

Taïpan, charismatique, arrogant et clairement en marge du milieu, tient aussi le haut du panier, mais devra prouver, après un premier album réussi ("Je Vous Aime") mais resté dans l'ombre, qu'il peut faire la différence sur un prochain projet. L'homme est un punchlineur hors-norme, mais possède aussi cette gouaille si particulière qui passe ou qui casse. Quoiqu'il en soit, qu'on aime ou qu'on déteste, Taïpan est indéniablement au-dessus du lot.

Bien trop discret et rare, Ahmad n'en est pas moins un lyriciste de haut vol, dont le sens de la formule reste sans égal. Et si le MC a déjà sorti quelques projets et est donc loin du statut de rookie, le peu de reconnaissance dont il jouit fait qu'il reste à découvrir pour la plupart. Doté d'un univers mature et intelligent, gageons que son prochain projet chapeauté par Le 4romain lui rendra justice. Dans le même ordre d'idée, Fisto a démontré l'an dernier les qualités de sa plume sur son premier LP solo (malgré les années au compteur) et l'on compte sur lui pour continuer à occuper l'espace avec l'art et la manière...

1995
Ensuite, cette nouvelle année voit emerger de nombreuses nouvelles têtes bourrées de talent et prêtes à dynamiser, voire dynamiter, le paysage actuel. Le nom de 1995/L'Entourage est le premier à sortir du lot, notamment mis en avant grâce à leurs passages au Rap Contenders, mais aussi et surtout à leurs nombreuses vidéos assurant un buzz exponentiel et effervescent, du moins sur la toile. L'Entourage est un collectif tentaculaire qui, tel un Wu-Tang parisien, regorge de MC's aux dents longues. De Nekfeu à Alpha Wann, en passant par Eff Gee, Deen Burbigo, Guizmo ou encore Sneazzy, la team offre un panel varié de MC's mêlant technique, punchlines, nonchalance et une vibe un brin old-school mais jamais désuète. En somme, 2011 s'annonce comme l'année phare pour ce crew, on attend donc d'eux qu'il dépassent le stade des faces B et des égotrips sur vidéos et qu'ils nous pondent des sorties lourdes tout en gardant tout ce qui fait leur renommée.

Toujours sur la capitale, le jeune Wilow Amsgood propose un univers à part et coloré, apportant un vent de fraîcheur bienvenu, notamment avec son récent EP gratuit "Marchand De Rêves". Citons aussi le redoutable A2H qui, lentement mais sûrement, fédère à coup de vidéos convaincantes et risque d'en froisser plus d'un avec sa street tape "Downtown", à sortir prochainement.

La province n'est pas en reste côté freshmen, puisque Libre Penseur (Lyon, Trueflav Records) est aussi un réel espoir, alliant une certaine fraîcheur, du bon goût et une écriture à lui. Son récent "Projet Flowbeat" a démontré l'écelectisme du MC, on l'attend dorénavant sur long format. Nemir ne peut être ignoré, son flow incisif et tranchant, allié à un charisme singulier lui permettant de marquer l'auditeur dès la première écoute. Là encore, on attend un projet solide de la part du jeune homme. Dans un autre style, Set & Match est un quatuor aventureux et plus alternatif dont la fraîcheur entrevue sur leur "Street Album" risque de contaminer un grand nombre si leur confidentialité vient à s'estomper, ce dont on ne doute point!

Evidemment, il est difficile de parler de tout le monde ici, vu le foisonnement actuel de talents, mais l'idée première de ce focus est de mettre en avant les chefs de file de ce que l'on peut clairement appeller la Nouvelle Vague du Rap Français qui, toutes proportions gardées, n'est pas sans rappeller l'avènement de Time Bomb il y a de ça presque quinze années... Remballez vos t-shirts nostalgiques, éteignez la radio, le bon rap français se vit au présent, on vous aura prévenu.