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25/09/2012

[Event] Can I Kick It? Nancy (L'autre Canal - 5.10.12)

Désormais rendez-vous incontournable du MCing sur scène et logique continuation de la nouvelle effervence au sein du rap hexagonal, les soirées Can I Kick It? s'exportent en dehors de Paris, et nous avons le plaisir de participer à la date qui aura lieu à Nancy.

Vous pouvez y retrouvez bien évidemment Triptik, plus en forme que jamais, Deen Burbigo de L'Entourage, qui défendra son "Inception" sur scène, Nemir, le sudiste affuté et accompagné par notre Beat Hero Everydayz, le toujours grinçant Taïpan, le "local" de l'étape, et enfin le copain Artik, dont la puissance scénique n'est plus un secret... Histoire d'en rajouter, on vous annonce d'ors et déjà la présence de guests surprise, mais pour en savoir plus, il faudra vous déplacer!

Plus d'infos...












02/07/2012

[Chronique] Triptik - Depuis (2012)

Genre: Rap en français
Label: MPC Productions / Musicast.
Date de sortie: 25 Juin 2012
Production: Drixxxé.
Featurings: Deen Burbigo, 3010, DJ Pone, DJ Gero.

Trio désormais légendaire du rap français, individualités reconnues aux parcours brillants et éclectiques, le groupe Triptik n'a désormais plus grand chose à prouver. Mais dans une période de renouveau où nombre de rookies leur doivent beaucoup (en terme d'inspiration et/ou d'exposition), il était finalement logique et nécessaire de voir les auteurs des classiques comme "Microphonorama" ou "TR-303" reprendre les chemins du studio histoire de délivrer "Depuis", un EP au nom totalement adéquat.

Premier constat, le trio a retrouvé toute sa verve et son efficacité, et déroule sans mal un Hip Hop solide, massif et charismatique, s'appuyant sur les flows et voix toujours aussi efficaces d'un Dabaaz qui épure sa technique tel un basketteur vétéran pour mieux viser le titre et d'un Greg Frite toujours aussi tout terrain. Drixxxé, quand à lui, enchaîne, varie, assène des beats ciselés qui ont tous ce parfum terriblement Triptik. Bref, ils ne jamais vraiment parti, et la recette fait toujours mouche, pour notre plus grand plaisir...

Plus en détail, passés les incontournables égotrips et autres tracks de scène qui raviront les amateurs (le contagieux "Ça Fait Plaisir", l'épique et conquérant "L'Esprit Du Débutant" ou le percutant "En Haut"), on décèlera les traces d'une maturité somme toute logique, l'âge aidant, avec les morceaux "Papa" (superbe moment d'amour paternel rare et sans hypocrisie) et "La Moitié De Moi" (un autre moment d'amour... assez clairvoyant et réaliste).

Histoire de montrer qu'ils vivent avec leur temps, Triptik invitent aussi les freshmen Deen Burbigo et 3010 sur "Pas De Doute", un autre egotrip en forme de posse cut, encore une fois plutĂ´t efficace. Dans le mĂŞme ordre d'idĂ©e, "Bande De Followers" est une rĂ©flexion non dĂ©nuĂ©e d'ironie sur l'ère des rĂ©seaux sociaux, ses dĂ©rives et la vision que l'on en a du point de vue d'un artiste.

En un mot comme en cent, Triptik est bel et bien là, et sont désormais difficilement contournables lorsque l'on parle de bon rap français. Toutefois, on attend désormais un éventuel LP peut-être un peu moins léger thématiquement parlant, connaissant les bonhommes, et surtout toujours plus audacieux rapologiquement parlant! Bref, "On va ouvrir d'autres portes, notre histoire n'est pas morte, ça fait plaisir!"

25/06/2012

[Clip] Fête des pères

La nouvelle est désormais connue de tous, Triptik est revenu aux affaires! Second clip issu de "Depuis", qui sort aujourd'hui même, "Papa" est un titre intimiste et plein de nuances, démontrant une nouvelle fois la maturité (logique) de Dabaaz et Greg Frite, ainsi que la versatilité musicale de Drixxxé. On reparle du EP très bientôt... Enjoy!

07/06/2012

[Clip] Plaisirs en trio...

Nous y sommes, enfin. Dabaaz ou Greg Frite nous en avait parlé, Triptik est enfin de retour avec "Ça Fait Plaisir", dont le beat naturellement signé Drixxxé ne sera pas inconnu aux amateurs de nos soirées Anything But Noise. Le EP "Depuis" sera dispo le 29 Juin... Enjoy!

03/02/2012

[Event] Anything But Noise #1 (Photos)

La première Anything But Noise a Ă©tĂ© un vĂ©ritable succès, oĂą Triptik, A2HArtik, Dasuun & Rhum G ont mis le feu dans une ambiance de folie! Afin de garder quelques souvenirs de la soirĂ©e, et en attendant les vidĂ©os, voilĂ  donc les photos effectuĂ©es par les talentueux RĂ©tine MĂ©canique et Hanamatsuri.

Merci Ă  tous ceux qui sont venus, on vous attend encore plus nombreux pour la prochaine session!

Lien: Anything But Noise sur Facebook

24/01/2012

[Interview] Dabaaz - Textes & textiles (2ème Partie)

Après une rétrospective détaillée sur son parcours dans la 1ère partie de cette interview, Dabaaz nous parle de son écriture, de ses influences, de ses coups de coeur et surtout de l'avenir!

STEREOTREE: Donc, 2012 semble être celle du véritable retour aux affaires avec la sortie d'un nouvel opus de Triptik. Peux tu nous en dire plus?...

DABAAZ: Exactement, on sort notre premier clip tous les trois, après 9 ans d'absence. On sort un EP en totale indépendance qu'on va tenter d'accompagner d'une tournée et d'un maximum de vidéos. Si on y arrive, alors ça sera déjà très bien, on va pousser ce projet du mieux possible malgré nos emplois du temps chargés. On continue les soirées Can I Kick It? avec MPC Prod. J'ai quelques morceaux solo à lâcher, j'ai fait aussi un titre avec Deen Burbigo et Esso (Cool Connexion) sur une prod. de Guillaume du groupe The Shoes, je suis assez content du mélange, le clip devrait arriver à la fin de l'hiver.

STEREOTREE: Peux-tu nous expliquer la façon dont vous travaillez à trois et en quoi vos parcours solo à chacun nourrissent la formule Triptik?...

DABAAZ: Pour l'instant on a avancé en pointillets, chacun faisait ses projets perso et on se retrouvait tous les mois pour avancer sur Triptik. Ça risque de foutre un peu le bordel si Triptik nous prend plus de temps une fois la tournée lancée, on composera, pour moi c'est une priorité. Chaque projet extérieur à Triptik élargit notre réseau et notre champ d'action, que ce soit les autres projets musicaux, les soirées ou les sapes. Tout va dans le même sens. C'est très nourrissant!

STEREOTREE: Concernant ton approche de l'écriture, on peut remarquer que tu ne cesses d'évoluer et, supposément, de te remettre en question, tant dans la forme que dans le fond. Tout d'abord, Peux-tu nous parler de ton flow et de ta technique, qui semblent tout les deux s'orienter vers une certaine épure?

DABAAZ: C'est vrai que je suis passé par pas mal de phases, et aujourd'hui j'essaye vraiment d'aller le plus loin possible dans les textes et d'épurer au maximum la forme. J'essaye d'être le plus précis et compréhensible possible, j'essaye d'aérer mon flow. Je m'autorise des petites fantaisies de temps en temps mais je préfère me concentrer sur un truc naturel, plus intemporel. J'ai besoin de faire un truc qui me ressemble, de dire des choses, j'essaye de me débarrasser de tous les artifices derrière lesquels on a souvent tendance à se cacher. J'écoute du rap tout le temps, je suis toujours fourré sur les sites cainri (Nahright, etc), Jay-Z est une source d'inspiration au même titre que Kendrick Lamar, j'écoute un peu de rap français, soit des classiques, soit des trucs du moment, ça m'influence aussi.

STEREOTREE: Ensuite, après des thèmes finalement assez "Hip Hop" abordés en groupe, et des thématiques plus éclectiques, personnelles et parfois légères sur ton solo, tu sembles aussi te diriger vers une nouvelle maturité dans tes textes, qui semblent emprunts d'un certain recul sur le milieu musical et la vie en général. Qu'est-ce qui te pousse à écrire aujourd'hui?

DABAAZ: Ce qui m'intéresse dans le fait de continuer le rap à 35 ans, c'est de raconter mon quotidien, c'est un truc qui manque dans le rap français: des gars de mon âge qui parle de paternité, de couple, de fonsdé, de tentations, etc. J'essaye de me débarrasser des thématiques de base du rap pour aller vers quelque chose de plus personnel, de plus vrai. Ma vie ne ressemble plus du tout à celle d'un rappeur. Je ne suis pas sur la route, je ne passe pas mes nuits en studio, je ne vais pas voir beaucoup de concerts. Effectivement je préfère rester en recul, j'ai passé l'âge de traîner en bande. J'ai la chance de bosser avec mes potes et de pouvoir me lâcher une ou deux fois par mois, rencontrer les gens qui m'écoutent dans nos teufs ou nos concerts, c'est déjà très bien.

STEREOTREE: J'aimerais revenir sur ton track "Ça Fait Un Bail". Très remarqué, il est pour moi un véritable ovni dans le paysage, la maturité et le recul dont tu fais preuve sont rares, mais au delà de ça, le fait d'assumer tes failles et faiblesses relève d'une posture qui se situe aux antipodes de l'attitude plutôt arrogante du MC en général. Et pourtant ce track fait l'unanimité ou presque, t'y attendais-tu en l'écrivant? Comment considères-tu ce morceau?

DABAAZ: Je savais que j'étais allé le plus loin possible pour moi. C'est cliché de dire ça, mais je devais m'affronter. Je n'ai réussi à finir ce texte que quand ça allait mieux, je ne pouvais pas finir sans une note d'espoir. Le deux premiers couplets racontent exactement l'état d'esprit et l'état des lieux en 2009. J'ai été le plus clair et le plus franc possible, je me suis débarrassé des artifices "rap" dans l'image, et ça a plu, les gens se sont reconnus. Maintenant, ça m'a ouvert l'esprit, c'est dans cette démarche que je me sens le mieux quand je suis en solo. Raconter ma vie.

STEREOTREE: Peux-tu nous évoquer un peu les artistes qui t'ont influencé "à l'époque" et ceux qui te font vibrer en ce moment et pourquoi?

DABAAZ: Alors, en français, il y a NTM, Akhenaton, les Sages Po', La Cliqua, Time Bomb, Moudjad... Et en rap cainri, Jay Z, Wu-Tang, Boot Camp Click, Dip Set... En ce moment, je suis de près des nouveaux comme Kendrick Lamar, Smoke DZA, Action Bronson, Jay Electronica et toujours les anciens comme Jay-Z, Slick Rick ou Clipse (enfin Pusha T). J'aime aussi les gars plus actuels comme les Cool Kids, Pac Div, A$AP et compagnie...

STEREOTREE: Tu as été à la fois un acteur et un spectateur privilégié de la renaissance du rap français observée en 2011, quel est ton regard là-dessus et en quoi celà nourrit-il ou non ton processus créatif? Quels artistes semblent les plus prometteurs à tes yeux?...

DABAAZ: C'est vrai que depuis que je travaille Chez QHUIT, je recommence à croiser des rappeurs (nouveaux et anciens). Ça me fait du bien parce qu'entre 2007 et 2010, je ne croisais plus grand monde (trop de taf, plus le temps de trainer dans les open mic et les radios) et surtout tout le monde s'en branlait du rap français! Depuis que je suis aux Abbesses, on organise des apéros, des évènements et j'ai donc revu pleins de têtes. Avec Poyz&Pirlz, on avait déjà commencé les soirées depuis 2008, j'y ai vu débarquer une nouvelle génération de rappeurs. Les premiers que j'ai rencontré c'était Cool Connexion, j'étais choqué! Ahah! Je découvrais des gars qui avaient plus de 10 ans de moins que moi et qui rappaient dans un style encore plus old school que lorsqu'on a commençé à rapper y'a plus de 15 ans. La boucle était bouclée, j'étais ému, c'était beau de voir qu'en France, notre génération avait laissé un héritage. A l'époque, j'étais assez blasé par le rap jeu, j'avais vu tout ce qu'on avait construit fin des 90's/début 2000 s'effondrer. Le fait de revoir l'engouement des plus jeunes, d'abord pour Sexion d'Assaut, puis Rap Contenders, puis 1995, puis à toute l'histoire du rap français m'a redonné de l'espoir. Ça m'influence forcément mais je suis vraiment rivé sur le rap américain, voire légèrement bloqué, ahah!
La nouvelle scène est surproductive, je ne peux pas vivre comme eux, je n'ai plus 20 ans. Par contre, je kiffe les regarder évoluer, un peu comme si c'était mes ptits cousins, mes fils, ahah! Je suis fan en vrai. Je pense que Cool Connexion, 1995, 3010, A2H, Bon Gamin, Deen Burbigo on les armes pour aller très loin. Y'a aussi des anciens qui ne sont jamais partis ou qui reviennent lourd: JL, Oxmo, Seär, Rocé, etc...

STEREOTREE: Pour rester dans le sujet, peux-tu nous parler un peu plus du concept Can I Kick It? et de ton rĂ´le lĂ -dedans?

J'ai eu l'initiative de faire un concert géant de rap français (5h de show) à notre sauce, après avoir croisé et recroisé toutes ces têtes du rap français, après avoir organisé avec David de MPC Prod. des dizaines de soirées Poyz&Pirlz, je me suis dit que ça serait beau que les nouveaux et les anciens partagent la scène dans une ambiance un peu différente de ce qui s'était fait dans le genre jusqu'à présent. J'ai un rôle de directeur artistique et d'organisateur (que je partage avec Greg, Drixxxé, David de MPC Prod. et Sam Rixon).
Avec Sam, on a mis en place la charte graphique et le système de freestyles video teasers (on n'a rien inventé d'ailleurs, j'ai été directement influencé par ce que faisaient Creative Control ou des magazines comme XXL aux Etats-Unis.)
Le jeu des vidéos teasers à bien marché, la première soirée a été un succès. On l'a fait au bon moment je pense, tout le monde était prêt, les jeunes, les vieux et le public. On en a fait une autre six mois après, gros succès mais trop de groupes, trop de monde, trop petite salle. On réfléchit pour améliorer ça à la prochaine. Je continue à guetter les nouveautés rap français, je découvre pas mal de bons trucs. On essaye de faire des plateaux cohérents. Mélanger au maximum les générations, les styles et les niveaux de notoriété dans une certaine harmonie. Ça fait toujours plaisir de se réunir entre artistes qui s'apprécient devant une audience bouillante!

STEREOTREE: D'un point de vue extérieur, Triptik et donc toi par extension, était un représentant solide d'un certain Boom Bap, héritier du son indé New-Yorkais par excellence. Aujourd'hui, après vos escapades solo, force est de constater que c'est finalement loin d'être le cas. Comment vis-tu et arrives-tu à faire la passerelle entre tes différents publics?

DABAAZ: LeTriptik cuvée 2012 ressemble beaucoup à Triptik en 2003. Tout ce qu'on a pu faire avant en solo ou en feat. est très différent de ce que Triptik est en train de faire. Les gens sont assez ouverts, plus qu'il y a dix ans, je trouve. On aura le public qu'on méritera. Mais on a toujours fait des passerelles en terme de public, je pense qu'il sera de plus en plus mélangé avec ce qu'on s'apprête à sortir.

STEREOTREE: Hormis Triptik, peut-on s'attendre à plus de Dabaaz sur disque cette année, peut-être même un solo?

DABAAZ: Oui, mais la priorité étant Triptik, les sorties solo seront plus espacées, un clip solo tous les deux mois serait parfait. Je pense que je vais y arriver, ahah! Mais pas de disque prévu pour l'instant...

STEREOTREE: Depuis le temps, tu as pu collaboré avec un certain nombre d'artistes, mais y a t'il des noms avec lesquels tu aimerais réellement bosser, et pourquoi?

DABAAZ: Je penserais aux collaborations plus tard, j'ai beaucoup Ă  faire avec Triptik et en solo!

STEREOTREE: Tu es connu pour ton travail en tant que cover artist (Onra & Byron, Bunzen, Triptik...), graphiste et créateur (Poyz&Pirlz). Je suis assez curieux de connaître ton point de vue sur l'importance du visuel et des pochettes dans la musique et peut-être celles qui t'ont le plus marqué?

DABAAZ: C'est très important le visuel ! Ça fait parti de ce que montre en premier un artiste: sa gueule ou un artwork. Donc, en vrac: les pochettes de labels comme BBE, Rawkus, Stones Throw, Espionnage, des artistes comme Akroe, So Me, Alex Wise, Arthur King & 360. Enfin y'en a tellement, c'est difficile...

STEREOTREE: Le mot de la fin?...

DABAAZ: "On va s'éclater !" Ahahah!

23/01/2012

[Interview] Dabaaz - Textes & textiles (1ère Partie)

Quelques jours avant d'inaugurer le concept Anything But Noise et de s'éclater en sa compagnie, posons nous donc avec Dabaaz, éminent MC de Triptik et activiste vétéran, histoire de revenir un peu sur son parcours dans cette première partie avant de creuser un peu plus le personnage et son actualité...


STEREOTREE: Même si un certain nombre de personnes doivent avoir entendu parler de toi, que ce soit à l'époque ou récemment, peux-tu nous retracer ton parcours et les quelques moments forts qui l'ont jalonné jusqu'ici?

DABAAZ: 1995, Avec Drixxxé qui n'avait qu'un clavier et un pote batteur (Chassaone), j'ai rappé mes premiers textes un peu "aboutis".

1996, Greg alias Black Boul' ou Greg Frite et NJ se sont joint Ă  nous, on Ă©tait donc 3 rappeurs, DrixxxĂ© s'est achetĂ© son premier sampleur, on s'est dit qu'on s'appellerait Triptik, on a fait notre premier concert en première partie des Derniers MessagĂ©s (le seul groupe qu'on connaissait Ă  l'Ă©poque ahah) et on a enregistrĂ© notre première dĂ©mo tape (5/6 morceaux avec des interludes) dans la cave de DrixxxĂ©. On a aussi enregistrĂ© notre premier titre "La France Avance" en studio pro et participĂ© Ă  la compilation Hip Hop Vibes 3, "Je Sais Que La Haine", qui sortait Night & Day. C'Ă©tait notre premier contact avec la scène rap française, on Ă©tait en studio avec Rohff, 113, DJ Noise qui Ă©tait le DJ de 2Bal 2Neg avait posĂ© des scratchs sur notre morceau, on a croisĂ© Afro Jazz, DJ Spank, La Cliqua, etc...

1997, ça s'accĂ©lère, on avait prĂ©vu de sortir un maxi mais le D.A. Rap de Night & Day, Patrick Colleony, nous a proposĂ© de faire directement un album. On avait pas mal de titres en stock alors on a montĂ© notre propre label (Concilium Production) avec notre manager Sam et on a produit notre premier album "L’Ébauche" en licence chez N&D, on a eu une avance de 30 000 francs et on a enregistrĂ©/mixĂ© 15 titres en 15 jours, pressĂ© des vinyls, fait des stickers (c'Ă©tait tout nouveau Ă  l'Ă©poque en France). On a fait la première partie de La Cliqua, nos premiers freestyles sur GĂ©nĂ©rations dans l'Ă©mission On Inonde Les Ondes (de Zoxea et Melopheelo des Sages Po')

1998, On sort donc notre premier album "L’Ébauche" et notre premier clip "La Cavalcade" rĂ©alisĂ© par Skwal chez Fokal Production. Ce clip Ă©tait une opportunitĂ© dingue pour nous Ă  l'Ă©poque, Skwal avait le matos d'un autre tournage et nous a fait un clip en 16mm gratis juste parce qu'il avait accrochĂ© sur la pochette et l'esprit de l'album. On est alors passĂ© Ă  la TV, fait des Ă©missions sur MCM, c'Ă©tait fou pour nous qui Ă©tions inconnus, sans budget. C'est l'annĂ©e des rencontres, on fait la tournĂ©e des disquaires et des DJs pour promouvoir notre album, on squatte GĂ©nĂ©rations FM et toutes les radios spĂ© possible, on commence Ă  ĂŞtre invitĂ©s sur les mixtapes cools de l'Ă©poque (DJ Poska, DJ James, Cut Killer, NĂ©ochrome…). On commence aussi les concerts Paris/banlieues/province.

1999, Les connexions se font, Movez' Lang, Salif, RocĂ©, La MĂ©nagerie, Le Sept, D'Oz, etc. On sort donc notre deuxième disque, un E.P Ă©ponyme, sur lequel on retrouve beaucoup d'invitĂ©s issus de toutes nos rencontres depuis "L’Ébauche". On commence Ă  faire un peu plus de scènes, Ă  l'Ă©poque on tournait avec DJ Fresh et on commençait Ă  mettre de plus en plus en avant la place du DJ et des scratchs dans notre musique. J'insiste lĂ  dessus parce que je pense que sans le vinyle et les DJs, Triptik n'aurait pas eu ce genre de dĂ©veloppement. Du coup, Cut Killer nous propose de faire une mixtape "Special Triptik", c'Ă©tait un grand honneur pour nous Ă  l'Ă©poque. Il nous a aussi invitĂ© Ă  faire un titre avec Blahzay Blahzay qui a bien amplifiĂ© notre buzz.

2000, on signe en Ă©dition avec Cut Killer (Eastory/BMG publishing), du coup on a plus facilement accès au studio, on devient plus productif. On croise beaucoup d'artistes français et amĂ©ricains parce que les studios sont mitoyens aux Ă©missions radio de Cut (Bumrush, Cut Killer Show). C'est la belle Ă©poque! On enregistre "Microphonorama", on participe Ă  des plus grosses compilations (Homecore, Cut Killer, etc). On sort le maxi "Star System" et on rencontre DJ Pone avec qui c'est le coup de foudre.

2001, on sort notre deuxième album "Microphonorama", avec le single "Bouge Tes Cheveux" qui sera notre plus gros succès. Squattage de radios, Générations FM, Sky B.O.S.S , une semaine sur Planet Rap, tournée des radios spé de province et surtout de plus en plus de concerts, de mixtapes, de collabs avec l'underground comme avec des gars en place à l'époque.

2002, on officialise notre travail sur scène avec DJ Pone, nos lives commencent Ă  avoir de la gueule. On se professionnalise. On prend mĂŞme des bureaux pour notre label Concilium. On sort notre 4ème disque "Fondations" qui est un best-of mixĂ© par Pone. A la mĂŞme pĂ©riode on commence les enregistrement de "TR-303" (notre dernier album).

2003, on est dans une impasse, les revenus des ventes de disques et des concerts ne sont pas suffisants pour payer le loyer, la prod', le pressage des disques, etc. MalgrĂ© pas mal d'efforts (on bossait tous aussi Ă  cĂ´tĂ©), on commençait Ă  suffoquer financièrement. A titre personnel, ça devenait compliquĂ© puisqu'on avait tous des appart, des meufs, des enfants. On avait engagĂ© beaucoup de frais pour la prod de "TR-303" (studios, feats, musiciens additionnels, etc). On attendait une licence en major, un chèque providentiel, qui n'est bien sur pas arrivĂ© au moment oĂą il aurait du. Du coup, suite Ă  de longues tergiversations, on s'est sĂ©parĂ© Ă  contre coeur de notre manager Sam et on a essayĂ© de sauver les meubles grâce Ă  Matt' Primeur (du label Disque Primeur) qui est venu nous aider pour faire le taf que faisait Sam et rĂ©ussir Ă  sortir l'album, Ă  faire un clip et une tournĂ©e avec Oxmo Puccino qui s'est achevĂ©e au Bataclan, durant l'Ă©tĂ© 2004. On a Ă©tĂ© obligĂ© de revendre tout notre catalogue de vinyle (plus de 15 rĂ©fĂ©rences). On Ă©tait ruinĂ©! Les rĂ©sultats n'Ă©tant pas Ă  la hauteur des attentes on a dĂ©cidĂ© d'arrĂŞter l'activitĂ© de Triptik et du label Concilium pour se consacrer Ă  nos vies privĂ©es et nos projets solo.

2004, J'ai eu une fille. Je me suis donc consacré à mon activité de graphiste. J'ai du faire un peu d'alimentaire pour remonter la pente financièrement. A l'époque je continuait à écrire, à participer à quelques mixtapes, faire quelques feats...

2005, je sors mon premier maxi solo "Open Bar" et je fais mes premiers lives solo avec Pone. Je reprends espoir, je suis super motivĂ© et j'ai plus trop de problèmes de thunes. MĂŞme si je bosse toujours avec DrixxxĂ©, je bosse aussi avec d'autres producteurs, dont Pilooski qui a fait la prod d'"Open Bar". J'ai envie d'essayer pleins de choses nouvelles, de me tester sur toutes sortes de beats. A l'Ă©poque, on voit la scène Ă©lectro europĂ©enne arriver en force, de l'autre cĂ´tĂ© la vague Dirty South commence Ă  arriver en France avec les synthĂ©s, les boites Ă  rythme qui avait Ă©tĂ© oubliĂ©es pendant les annĂ©es samples/Boom Bap.

2006, j'enregistre mon album solo et je sors le deuxième maxi "Explose" produit par DrixxxĂ© et Paraone. Je constate que le public se dĂ©tourne du rap français, c'est devenu has been on dirait. L'Ă©mulation pour mes projets solo est plus mitigĂ©e, je sens que je perds une partie du public de Triptik en mĂŞme temps que je gagne un public plus pointu ou plus jeune. Je ne lâche pas le morceau, j'y crois Ă  fond et je commence Ă  dĂ©fendre mes nouveaux titres sur scène avec DJ GĂ©ro (coup de foudre!)

2007, je sors (chez Disque Primeur) mon premier album solo "Moi, Ma Gueule & Ma Propre Personne". La scène Ă©lectro explose, excite la nouvelle gĂ©nĂ©ration tandis que le rap français dĂ©prime, les magazines ferment les uns après les autres, les Ă©missions spĂ© de Skyrock s'arrĂŞtent, GĂ©nĂ©rations devient une radio commerciale. De mon cĂ´tĂ© j'aime le challenge, repartir Ă  zĂ©ro me plaĂ®t, j'y crois. On commence Ă  faire plus de dates avec GĂ©ro. Mais le paysage a changĂ©: je passe de tournĂ©es et festivals HH Ă  des showcases en club, des plateaux oĂą je partage plus la scène avec des DJs Ă©lectro que des rappeurs. Je dĂ©couvre un public plus jeune, plus mixte, plus ouvert, plus festif et ça me plait! J'ai aussi la chance de pouvoir faire un clip avec Arthur King qui a reçu un très bon accueil, qui a tournĂ© en TV et qui a attirĂ© un public fĂ©minin (fait assez rare dans le rap français!).

2008, les rĂ©sultats de l'album sont dĂ©cevants, je suis fauchĂ©, dettes, expulsion, etc... J'ai du mal Ă  refaire des titres, j'ai plus trop envie. Par contre, j'ai besoin de thunes et j'en ai vraiment marre de faire de l'alimentaire avec des clients qui payent mal ou avec six mois de retard. Je fais pas assez de concerts, les ventes de disques s'Ă©croulent, tout le monde s'en branle du rap que je fais. Je me dis que je devrais pouvoir gagner ma vie en faisant ce que je sais faire, ce qui me plait. Je repense Ă  un vieux projet que j'avais abandonnĂ© faute de moyen en 2003, je voulais crĂ©er une marque de tee shirts, faire des affiches. J'ai donc parlĂ© de ça Ă  JĂ©rĂ´me de Qhuit (qui avait dĂ©jĂ  des fournisseurs, un onlinestore, ...) et on a fait un premier tee shirt, c'Ă©tait pour mon album solo "Moi, Ma Gueule & Ma Propre Personne", j'ai essayĂ© de faire un visuel qui ne fasse pas trop promo/merchandising et on les a très bien vendus.
A la mĂŞme pĂ©riode on avait trouvĂ© ce nom avec DJ Gero: Poyz & Pirlz, enfin c'Ă©tait plus "on est trop des poyz!", donc "les meufs, c'est des pirlz!". On partageait cet amour pour la bonne bouffe du terroir, il est d'origine auvergnate et moi lyonnaise. On aimait faire la fĂŞte, se bourrer la gueule mais on Ă©tait dans le game des sneakers, des sapes et des gros sons. On poyzait quoi ! On voulait faire une grande communautĂ© un peu hippy avec ce genre de lifestyle, ahah! On jouissait du bon mix entre DJ set HH/Electro et MC/Host, on avait un publique jeune et mixte ultra chaud et les potes de notre gĂ©nĂ©ration qui commençaient Ă  se remettre Ă  vouloir Ă©couter du rap, du rap d'abord club ou classique, puis du rap français. On s'est dit qu'on devait se rĂ©unir pour faire des grosses fĂŞtes 100% rap avec cet esprit festif et ce mixe de gĂ©nĂ©rations. Du rap, des potes, des meufs, de l'alcool et du style. On a dĂ©cidĂ© avec Arthur King, DrixxxĂ© , GĂ©ro, Matt'Primeur et Kazey qu'on appellerait ça les "POYZ'N'PIRLZ Parties". En parallèle, j'ai créé avec JĂ©rĂ´me la marque de sapes du mĂŞme nom POYZ&PIRLZ® et tout a commencĂ©! Cette annĂ©e-lĂ , j'ai enregistrĂ© et sorti deux titres: "Il Est OĂą ?" et "Mes Potes" qui Ă©tait un texte très important pour moi, j'ai rĂ©ussi Ă  dire des choses que je n'aurais pas osĂ© dire avant, j'avais pris beaucoup de recul et le rap game Ă©tait mort pour moi.

2009, les soirĂ©es et les tee-shirts marchent de mieux en mieux, mais ça rapporte pas assez, obligĂ© de faire du freelance relou, j'ai pas trop d'inspi pour le son... C'Ă©tait une mauvaise annĂ©e, trop de soirĂ©es, trop de fonsdĂ©, trop de dettes... J'ai donc commencĂ© Ă  Ă©crire "Ça Fait Un Bail",sans but prĂ©cis.

2010, on a repris sĂ©rieusement contact avec Greg et dĂ©cidĂ© de refaire des trucs ensemble. Pour fĂŞter et officialiser cette bonne nouvelle, on a fait notre premier concert au Nouveau Casino, Ă  l'ancienne avec DJ Pone aux platines. On a Ă©tĂ© surpris et Ă©mus de voir comme les gens nous attendaient. Avec JĂ©rĂ´me de Qhuit, on a ouvert la boutique Chez Qhuit, P&P continue Ă  progresser, on sort plus de choses, de plus en plus de soirĂ©es aussi. J'ai fini de rembourser mes dettes! Le clip de "Ça Fait Un Bail" sort, on fait quelques dates avec Triptik (cette fois sans Pone, mais avec DrixxxĂ© aux platines) et avec des morceaux solo de Greg et moi en plus de l'ancien rĂ©pertoire, mais toujours pas de titre estampillĂ© Triptik.

2011, On s'est dit que pour patienter, on attendant d'avoir assez de nouveaux titres, on pourrait faire un concert avec les potes et la nouvelle gĂ©nĂ©ration avec qui on commençait Ă  collaborer. On a dĂ©cidĂ© que ça s'appellerait Can I Kick It ? et que ça ne serait surement pas la seule date du genre. C'Ă©tait vraiment cool de voir Oxmo, Dany Dan avec l'Entourage, Orelsan, des gars de 18 ans comme Loveni avec des gars presque quadra! On a bien avancĂ© sur les nouveaux morceaux, en mĂŞme temps que Greg faisait beaucoup de projets en solo ou avec son autre groupe Djunz (avec Rimcash & DidaĂŻ), et que DrixxxĂ© commençait ses premiers live avec McLuvin. Moi, j'Ă©tais très pris par la marque P&P et la boutique, j'ai donc pas fait grand chose, Ă  part  des tracks pour Triptik et quelques feats.

2012, on est prêts! Enfin très bientôt, ahah !

La suite de l'interview, c'est par ICI...

21/01/2012

[Event] Anything But Noise #1 (28/01/12 @ Nancy)

Le 28 Janvier prochain se tiendra donc le premier épisode de nos soirées Anything But Noise à L'Autre Canal de Nancy. Sous le thème d'une Qhuit Partizzz seront réunis Dabaaz, Greg Frite, Drixxxé, A2H, Artik, Dasuun et Rhum G pendant 5h de live, de mix et de convivialité à la française!

Pendant l'après-midi, de 15h à 18h, se tiendra, à l'espace My.Monkey, un pop-up shop avec les marques Qhuit et Poyz&Pirlz, de quoi garnir sa penderie entre fraîches nouveautés et bons plans à petits prix!

Pour la peine, 3 places sont à gagner. Pour ce faire, c'est assez simple, envoyez-nous un petit mail à anythingbutnoise@gmail.com en nous disant quels artistes (français, si possible) vous aimeriez pour la prochaine fois, sans oublier vos noms et prénoms! Les 3 gagnants seront tirés au sort une fois la deadline passée, fixée au 25/01 à minuit!

Page Facebook / Event / Pop Up Store / Teaser

13/01/2012

[Event] Anything But Noise #1 @ L'Autre Canal (Nancy) - 28/01

Oyez, oyez, Lorrains et autres gens du Nord Est de la France! Nous organisons, le 28 Janvier prochain, la première Anything But Noise, destinée à être un event récurrent dans la ville de Nancy. Le programme est dans le teaser ci-dessous, plus d'infos et des places à gagner très bientôt...

09/05/2011

[Interview] Greg Frite - Antithèse d'un homme-sandwich (2nde partie)

Et il revient en deuxième semaine après une première partie d'interview fort bien reçue, nous parlons de l'ami Greg Frite bien sûr! Si l'homme sait ce que veulent les jeunes, il n'en oublie pas ses racines et porte un regard éclairé sur le milieu de la musique, et du Hip Hop en particulier...

STEREOTREE: Tout d'abord, revenons un peu en arrière. J'aimerais beaucoup connaître les artistes qui t'ont inspiré, influencé et qui continuent peut-être de le faire... Mais surtout, en quoi ont ils été importants à tes yeux?

GREG FRITE: Aaah tu veux encore du "name dropping" hein? Bah tu vas ĂŞtre servi haha! Franchement j'avoue: "je suis un enfant du Top 50"!!!  Chaque soir après l'Ă©cole, quand Marc Toesca commençait par son cĂ©lèbre "Salut les p'tits clous", c'Ă©tait Ă  moi qu'il parlait; j'Ă©tais littĂ©ralement clouĂ© devant. Je suis mĂŞme intoxiquĂ© au point que, selon moi, on ne peut rien faire contre le groove de certains morceaux de Richard Gotainer, des Rita Mitsouko ou mĂŞme de Niagara! Sinon mes deux parents Ă©tant de la Martinique, j'ai quasiment toujours connu la biguine, Malavoi, Kassav et DĂ©dĂ© St Prix. Plus tard, j'ai un peu plus creusĂ© dans cette musique avec Marius Cultier, Eugène Mona, Ti Raoul Grivalliers ou Ti Emile (dont mon père m'a appris rĂ©cemment qu'il Ă©tait un ami d'enfance de mon grand-père). La Martinique Ă©tant gĂ©ographiquement "collĂ©e" Ă  l'AmĂ©rique du sud, mes parents m'ont aussi transmis une sensibilitĂ© particulière Ă  la salsa, au merengue, Ă  la rumba, au boogaloo, Ă  la musique brĂ©silienne et au jazz caribĂ©en. J'ai bien Ă©videmment aussi eu droit aux incontournables de la musique noire (nord) amĂ©ricaine de Charly Parker Ă  Michael Jackson en passant par James Brown, Herbie Hancock, Stevie Wonder, les maisons Stax ou Motown. Il y a eu aussi les Beatles, les Stones et Supertramp. CĂ´tĂ© français c'Ă©tait Serge Gainsbourg, Claude Nougaro et Georges Brassens. De toute façon, le dimanche matin dès 10h, mon père mettait systĂ©matiquement la musique Ă  fond (Ă  6 ans c'Ă©tait "cool", Ă  15 ans nettement moins).
Puis arriva ce fameux dimanche oĂą un renoi du nom de Sydney est apparu sur tf1 (je crois) et a balancĂ© "Salut les Frères et Soeurs". Un gros tremblement de tĂŞte s'ensuivit pour mon frère et moi! Après ça, rendez-vous Ă©tait pris et mes parents poussaient les meubles du salon pour nous regarder suer. C'est de lĂ  que me vient cette imitation pĂ©tĂ©e du robot que je place, sans mĂŞme le vouloir, dans mes clips ou sur scène (haha). Puis: Adolescence, premiers bĂ©dos donc reggae (Bob, LKJ, Culture, Gladiators, Gregory Isaac...), The Doors, Jimi Hendrix, Janis Joplin (tiens, que des gens morts Ă  27 ans; bizarre) ou Led Zeppelin entre autres. Tout ça en Ă©coutant aussi Public Enemy, NWA, LL Cool J, Ice T, NTM, les Little ou MC Solaar (bah ouais).  A partir de 95, il y avait nettement plus de Hip Hop dans mon "baladeur autoreverse" mais j'en suis revenu juste après Microphonorama.
En vrai, longtemps avant l'arrivée des mp3, je zappais déjà comme un ouf, je me faisais mes propres compils (K7 puis MD). J'ai toujours eu du mal à n'écouter qu'un seul style de musique, à aimer un album entier ou toute la discographie d'un artiste. Aujourd'hui encore, je bloque uniquement sur des morceaux. Dernièrement, côté Hip Hop US, j'ai apprécié Fly Union, Meek Mill, Kendrick Lamar et Pac Div mais depuis 7-8 ans, allez savoir pourquoi, je nourris une grande passion pour la chanson française des années 20 et 30 (Maurice Chevalier, Fréhel, Arletty, Damia...).

photo by Guillaume Landry
STEREOTREE: Peux-tu me parler de ton processus de création? Ta façon d'écrire et de poser, mais aussi les thématiques que tu abordes et l'univers que tu souhaites amener? Sans oublier bien sûr la façon dont tu choisis les beats...

GREG FRITE: Avant les smartphones, j'avais toujours un calepin sur moi parce que j'ai appris (Ă  mes dĂ©pends) que l'inspiration ne prĂ©venait pas et surtout qu'elle ne restait jamais!.. Sinon, je n'ai pas de "protocole de crĂ©ation" Ă  proprement parler. Il peut m'arriver d'Ă©crire un texte entier sans musique ("Français"), ou d'Ă©crire une seule et unique mesure que j'enregistre puis que je réécoute pour trouver la suivante et ainsi de suite ("Freestyle Saoul Brotherz"). Il m'arrive aussi compiler plusieurs combos de rimes que j'ai en stock pour faire un couplet ("C'est ça que veulent les Jeunes"). Mes thĂ©matiques c'est la vie; parfois tu ris, parfois tu pleures, parfois t'es vĂ©ner, parfois tu veux du sexe... En gros, l'univers que je souhaite amener c'est la "variĂ©tĂ©" au sens noble du terme; varier les plaisirs, les ambiances, les thèmes, les flows. Greg Frite c'est comme le sandwich du mĂŞme nom, on ne sait jamais vraiment ce qu'il y a dedans (haha)! Quant au choix des sons, c'est un processus simple, voire Ă©pidermique; si ça me met "les poils" et/ou que ça m'inspire tout de suite un flow, ou une vibe: je prends!

STEREOTREE: En parlant de style, on sent une véritable volonté, qui ne date d'ailleurs pas d'hier, d'amener un côté chanté qui donne une facette "crooner groovy" au personnage Greg Frite. Qu'en est-il concrètement?

GREG FRITE: C'est de toi "crooner groovy"? (haha) En mĂŞme temps c'est Ă  peu près ça. Plus sĂ©rieusement, au-delĂ  d'une "vĂ©ritable volontĂ©", c'est avant tout un besoin viscĂ©ral que j'ai de pousser la chansonnette quand bon me semble. La contre-partie c'est que, n'Ă©tant pas chanteur de formation, c'est parfois assez "casse-gueule"... Mon disque dur contient d'ailleurs quelques "pĂ©pites" que je ne ferai "jamais" Ă©couter, mĂŞme sous la torture...

STEREOTREE: J'aimerais revenir sur ton track et clip "Français", qui a prĂ©cĂ©dĂ©, avec un remarquable sens du timing involontaire, le fameux mais infâme dĂ©bat sur l'identitĂ© française. Quel Ă©tait ta dĂ©marche Ă  l'Ă©poque et comment vois-tu le fait que l'actualitĂ©, mĂŞme très rĂ©cente, rend malheureusement ce morceau indĂ©modable?

GREG FRITE: Le populisme, qu'il soit clairement affichĂ© ou affublĂ© du masque de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, a toujours Ă©tĂ© un fond de commerce politique; de tout temps et dans toutes les sociĂ©tĂ©! MoralitĂ©, cette actualitĂ© nausĂ©abonde (re)partira comme elle est (re)venue; pour rĂ©apparaĂ®tre plus tard sous un nouveau visage. C'est comme pour la musique, la mode, la cuisine ou la chimie: "Rien ne se perd, rien ne se crĂ©e, tout se transforme" (Lavoisier). Qui sait, ça permettra peut-ĂŞtre Ă  ce morceau de me survivre. Perso, ça fait longtemps que ça m'empĂŞche plus de dormir Ă©tant donnĂ© que je n'attends rien de personne pour avancer; mĂŞme s'il a parfois fallu feinter... Pour en revenir Ă  la genèse du-dit "Français", mon postulat de dĂ©part Ă©tait: "Je suis noir et français mais il y en a que ça dĂ©range. Bon bah tant pis pour eux!" Après ça, le texte est quasiment sorti d'une traite, mon pote Camille (alias Tom Fire) m'a sorti cet instru et Mathias Finqueltin (que je connais depuis le lycĂ©e) l'a clippĂ©.

STEREOTREE: Tu as Ă©tĂ© un spectateur "privilĂ©giĂ©" du changement brutal qu'a subi l'industrie musicale, avec, comme tu l'as mentionnĂ©, l'arrivĂ©e du tĂ©lĂ©chargement, illĂ©gal ou non, mais aussi, plus positif, des rĂ©seaux sociaux, des EP gratuits, de la vidĂ©o dĂ©mocratisĂ©e... Quelle est ta vision des choses par rapport Ă  tout ça et plus personnellement, cela a t'il un impact sur ta dĂ©marche?

GREG FRITE: Aaaah ouais, fondamentalement! Aujourd'hui la musique se regarde beaucoup plus qu'elle ne s'Ă©coute et je trouve ça plutĂ´t cool, dans le sens oĂą ça augmente la possibilitĂ© de se dĂ©marquer, d'affirmer sa diffĂ©rence, sa sensibilitĂ©. Et puis les moyens de promotion et de diffusion n'ont jamais Ă©tĂ© aussi accessibles. A l'Ă©poque, quand on a commencĂ©, pour avoir accès Ă  une radio ou Ă  un magazine (les 2 principaux mĂ©dias), c'Ă©tait beaucoup de patience et beaucoup de chance. Par les temps qui courent, ton nombre de vues sur les plateformes vidĂ©os peut ĂŞtre multipliĂ© par 10 ou 100 du jour au lendemain. Du coup il s'agit d'avoir prĂ©parĂ© une "vraie" stratĂ©gie pour durer... Aujourd'hui, la diffusion comme la promotion sont gratuites grâce aux rĂ©seaux sociaux. MoralitĂ©, quand t'es bon et persĂ©vĂ©rant, les gens sont rapidement au courant...

STEREOTREE: J'aimerais avoir ton opinion sur une branche de la scène Hip Hop française, dont on parle d'ailleurs beaucoup dans notre webzine, il s'agit des beatmakers et surtout des nombreux albums instrumentaux qui fleurissent et s'exportent admirablement bien. Est-ce que cette scène, t'es familière? Que penses-tu de l'arrivĂ©e au pouvoir des beatmakers, justement, alors mĂŞme que DrixxxĂ© fut l'un des premiers Ă  ĂŞtre rĂ©ellement reconnu? Ton point de vue de MC vĂ©tĂ©ran m'interesse!

GREG FRITE: En rĂ©alitĂ©, avant d'ĂŞtre invitĂ© par mon pote Enock pour ĂŞtre jury lors du Beatmaker Contest 7 en FĂ©vrier dernier, je n'Ă©tais pas au courant du niveau gĂ©nĂ©ral français; Ă©tant dĂ©jĂ  assez bien entourĂ© entre DrixxxĂ©, DidaĂŻ et Jean Pal. Fatalement, j'ai pris une grosse claque! Si bien que l'Ă©preuve a rapidement virĂ© au supplice pour moi tant les mecs que je contribuais Ă  Ă©vincer avait un niveau de dingue!!! Et puis tout Ă©tait nouveau, l'organisation, le public dĂ©tendu mais enthousiaste et connaisseur, la fraternitĂ© rĂ©elle entre les concurrents. Franchement il faut voir ça au moins une fois, c'est rĂ©ellement rafraĂ®chissant pour le Hip Hop en France!...

STEREOTREE: Peut-ĂŞtre un mot de la fin pour nos lecteurs?

GREG FRITE: "Quoi que tu fasses, il y a toujours un public pour ce que tu fais; mais faut se taper!.." Peace.

Interview réalisée par Rip Laimbeer

02/05/2011

[Interview] Greg Frite - Antithèse d'un homme-sandwich (1ère partie)


Nous avons l'immense plaisir de recevoir dans nos branchages le sĂ©millant Greg Frite, plus connu pour certains comme Blackboul du groupe Triptik. Fort de quatre opus passĂ©s Ă  la postĂ©ritĂ©, l'homme revient avec nous sur sa carrière et surtout porte un regard plus qu'intĂ©ressant sur le prĂ©sent et l'avenir...


photo by Guillaume Landry
STEREOTREE: Tout d'abord, de Black Boul' à Greg Frite, peux-tu revenir sur ton parcours, de la naissance de Triptik à l'effervescence actuelle qui entoure tes projets, en passant bien évidemment par ta semi-retraite...

GREG FRITE: Dabaaz et moi nous sommes rencontrĂ©s en vacances vers 1991 et direct, on s'est retrouvĂ© Ă  parler Rap US et Français. A l'Ă©poque, on ne se voyait pas pendant l'annĂ©e scolaire, lui Ă©tait dans les Hauts-de-Seine et moi dans les Yvelines. Et puis y avait ni internet, ni portable, ni rĂ©seaux sociaux... Du coup chaque Ă©tĂ©, quand on se retrouvait, le jeu consistait Ă  se faire dĂ©couvrir l'un l'autre nos coups de coeur musicaux du moment. Puis arriva ce fameux mercredi de 1995 (pas le groupe mais l'annĂ©e!) oĂą l'on se croisa par hasard Ă  Châtelet et oĂą il me proposa de venir "rapper" chez un de ses anciens potes de lycĂ©e (DrixxxĂ©). Je griffonnais un truc pĂ©tĂ© pour le samedi et c'Ă©tait parti!! La formation effective de Triptik n'arriva qu'en 1996/97, puis ce fut ce "tourbillon artistique" aussi improbable que fabuleux Ă  vivre... Mais en 2004, Ă  la suite de pas mal de galères (dĂ©part de notre manager des dĂ©buts, crise du disque due au tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal et fatalement gros soucis de trĂ©sorerie pour notre propre label Concilium Production, envie d'Ă©voluer en solo, etc...), on a finalement dĂ©cidĂ© de "prendre l'air"... 
C'est Ă  ce moment-lĂ  que j'ai achetĂ© mon matos pour faire mon son et m'enregistrer. Par consĂ©quent ma "semi-retraite" n'en Ă©tait pas une puisque ça m'a permis d'apprendre, d'essayer des trucs et de dĂ©finir prĂ©cisĂ©ment mes forces comme mes faiblesses. 

STEREOTREE: Triptik a eu un impact considérable au sein d'un certain public, de part vos flows, vos beats et votre démarche foncièrement indépendante (dans la forme comme dans le fond), et vous restez une influence de poids pour de nombreux jeunes artistes dans l'hexagone. Comment appréhendes-tu ce statut?

GREG FRITE: A vrai dire je ne vois pas le truc comme ça. Pour moi ce qui est fait est fait! J'ai toujours Ă©tĂ© fondamentalement tournĂ© vers l'avenir, vers le morceau ou le jour d'après. J'aime trop ce concept de remettre les compteurs Ă  zĂ©ro tout en restant soi-mĂŞme, d'oĂą "Greg Frite". MoralitĂ©: inconsciemment, je me fixe toujours des objectifs Ă  court, moyen et long terme, ce qui m'empĂŞche de regarder en arrière ou de me mettre une pression par rapport Ă  ce qu'on attend de moi. Je crois que je garderai toujours cet "esprit du dĂ©butant", je me dis toujours que ce sera encore mieux demain. C'est mon paradoxe, je suis Ă  la fois complètement optimiste par rapport Ă  ce que je peux fournir plus tard, grâce Ă  l'expĂ©rience que j'acquiers chaque jour, et en mĂŞme temps je suis un Ă©ternel insatisfait Ă  la recherche d'une perfection qui n'existe pas. Selon moi, c'est d'ailleurs prĂ©cisĂ©ment lĂ  que se trouve la vraie beautĂ© de la musique et des arts en gĂ©nĂ©ral, on y recherche la perfection toute sa vie; c'est une quĂŞte sans fin. 

STEREOTREE: Comment vois-tu l'évolution du Hip Hop en général et du rap français ces dernières années, et dans quoi te retrouves-tu aujourd'hui?

GREG FRITE: Je dois avouer que mes connaissances en Danse, en Graffiti comme en Deejaying 
sont assez limitĂ©es, mĂŞme si j'ai toujours eu une rĂ©elle admiration pour ces disciplines lorsqu'elles sont "incarnĂ©es" par de vĂ©ritables talents. La faute Ă  ma passion pour le rap, quoique je ne me dĂ©finisse pas non plus comme un "historien" en la matière, haha!! Bref, il y a encore un an le rap français Ă©tait mort, mais depuis peu un nouvel Ă©lan s'est amorcĂ©. Alors bon, je prĂ©fère ne citer personne parce que je risquerai d'en oublier, mais des talents Ă©mergent partout en France et mĂŞme en Belgique, en Suisse ou au QuĂ©bec. L'Ă©poque actuelle est juste folle tant les mecs et les filles arrivent avec des packs complets: le fond, la forme et un univers. En ce moment, je dĂ©couvre au moins un MC/groupe "plus que valable" chaque semaine; du jamais vu auparavant! A croire que la chute du "rap français" a permis l'avènement du "rap en français". Ă€ suivre...

STEREOTREE: Peux-tu m'en dire plus sur tes projets à venir? Un album de Triptik? Le projet DjunZ? un éventuel solo?...

GREG FRITE: Triptik va revenir gentiment avec un premier morceau pour cet été mais 4 autres sont déjà sérieusement avancés. Dans un premier temps, on va privilégier la scène parce que c'est notre moteur et que maintenant Drixxxé est avec nous sur scène. DJ Pone fini l'album de Birdy Nam Nam (qui tue!!) et va sortir un side project surprenant. Sinon on peut raisonnablement tabler sur un prochain album de Triptik en 2012.
Avec DjunZ (Rimcash, Didaï et moi), on a déjà une quinzaine de titres en boîte mais ça arrivera par vagues successives à partir de cet été avec des featurings savoureux...
CĂ´tĂ© solo, 
dans mon disque dur externe, j'ai une sĂ©lection d'une trentaine de morceaux que j'estime dĂ©fendables. J'en ai composĂ© une bonne partie et mon DJ Jean Pal a produit l'autre. Mais comme je me suis beaucoup trop enfermĂ© pour enregistrer tout ça, pour l'instant je privilĂ©gie l'ouverture et les collabs avec des artistes que j'apprĂ©cie ou que je dĂ©couvre.

STEREOTREE: On sent une véritable famille artistique derrière ces projets, entre Dabaaz, Drixxé, Grems, Rimcash & Didaï, Frer200, A2H, et j'en passe... Peux-tu nous raconter un peu comment ça se trame?
photo by Guillaume Landry

GREG FRITE: Y a aussi Set & Match, Nemir, Kussay, Ockney, 1995/L'Entourage, Aelpéacha, Gérard Baste, Welsh Recordz, Gero, Veerus, Noir Fluo, Artik, Weedy, 3010, Kacem Wapalek, Tismé, Meksa, Machinist et bien d'autres... Aaargh, j'avais dit que je ne citerai personne! Bah ouais, aujourd'hui c'est juste fou! O
n se connait tous et on fait tous du son ensemble! Grâce Ă  internet et aux rĂ©seaux sociaux, les affinitĂ©s humaines comme artistiques n'ont jamais aussi Ă©videntes et les collaborations n'ont jamais Ă©tĂ© aussi simples Ă  mettre en place. A ce propos, faudrait qu'on finisse notre morceau Monsieur Ripklaw!... Le plus dingue c'est que cette Ă©mulation ne se cantonne pas uniquement Ă  la musique, j'ai des potes opĂ©s dans tous les arts comme Thomas Ngijol, Alexis Peskine, Guillaume Landry, Franck Jessueld, John Waxxx, les Busyest, Mega, etc... A noter qu'avec Dabaaz et David MPC, le 25 juin prochain, on va organiser un concert au Nouveau Casino Ă  Paris oĂą l'on verra se "mĂ©langer" Triptik, Rimcash & DidaĂŻ, DjunZ, 1995, A2H, Cool Connexion et Charly Greane donc restez câblĂ©s... Bon, c'Ă©tait la minute "name dropping", hein. Haha!!

STEREOTREE: Peu le savent, mais tu a récemment fait l'acteur dans "Les Anges S'Habillent Caillera", c'est quelque chose qui t'attire, que tu comptes creuser?

GREG FRITE: Alors déjà, c'était juste un des teasers vidéos réalisés par Domy Prod pour le lancement du roman de Rachid Santaki. Et puis je n'avais qu'une vingtaine de lignes à apprendre donc on peut pas encore parler de métier d'acteur. Mais bon, pourquoi pas. J'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de similitudes avec le Pera au niveau du mécanisme d'interprétation; le souci de justesse est sensiblement le même. Moralité: on verra bien!..


Interview réalisée par Rip Laimbeer