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21/05/2012

[News] Infini estival

Le très sympathique Tabi Bonney débarque donc avec sa nouvelle mixtape, "The Endless Summer". Premier constat, la tape a le redoutable avantage d'être entièrement produite par l'excellent Ski Beatz, toujours très affuté et efficace et ce, sur les seize tracks qui la composent.

Ensuite, on notera les présences bienvenues de Yasiin Bey, Curren$y, Murs, Terri Walker ou Nicole Wray, ce qui finalement ressemble assez à une famille qui s'est constitué autour du beatmaker vétéran qu'est Ski Beatz. En somme, peu de fautes de goûts, quelques titres remarquables, et tout ça en toute gratuité, comment pourrait-on se plaindre?

Download: Tabi Bonney "The Endless Summer"

13/09/2011

[Chronique] Ski Beatz - 24 Hours Karate School Part. 2 (2011)

Genre: Neo Boom Bap
Label: Blu Roc
Date de sortie: 28 Août 2011
Production: Ski Beatz.
Featurings: Locksmith, Mikey Rocks, Stalley, Freddie Gibbs, Cassidy, Stat Quo, GLC, Tabi Bonney, L.E.P., Bogus Boys, Terri Walker, Nicole Wray, Dash, Najee.

Dans la famille "longévité exemplaire", donnez moi Ski Beatz. Le beatmaker, surnommé MC Will-Ski dans une autre vie, a définitivement mais discrètement jalonné l'histoire du Hip Hop, de ces débuts à la production pour Camp Lo ou Jay-Z ("Dead Presidents", s'il ne faut en citer qu'un), à cette récente renaissance avec les marquants "Pilot Talks 1 & 2" de Curren$y ou encore l'excellent premier volet du projet qui nous intéresse ici, "24 Hours Karate School". Toujours proposé par le pour l'instant irréprochable label Blu Roc de Damon Dash, ce "Part. 2" déboule donc sans fard dans nos oreilles, avec un plaisir certain.

En effet, comment ne pas remuer frénétiquement la nuque devant la fine sélection de bangers, certes Boom Bap, mais toujours aventureux et clairement couillus, que nous propose le vétéran originaire de Caroline du Nord. Cet opus, est court (douze titres) mais dense et totalement homogène, sans baisse de tension aucune. Les beats sont éclectiques ("Frontin"), électriques ("Metabolic", "Illegal") ou épiques ("Looking For Me"), mais toujours maîtrisés par le producteur qui est avant tout un musicien accompli et polyvalent. Celà se ressent notamment par les rythmiques très live et les guitares très présentes, pour notre plus grand bonheur.

Le casting, quand à lui, fait la part belle aux nouvelles têtes, du véhément Locksmith au plus flegmatique Tabi Bonney, en passant par STS, le prometteur Freddie Gibbs ou le désormais incontournable Stalley sur le trop court "Larry Bird". On citera aussi Mikey Rocks des Cool Kids, Cassidy de The LOX, ou encore Stat Quo ou GLC, parmi les visages connus. En somme, un roster de bon goût, jamais clinquant, mais clairement performant et surtout qui épouse magnifiquement les sons du senseï Ski Beatz.

Voilà donc un LP Hip Hop comme on les aime, efficace, sans prétention, résolument moderne sans pour autant se départir d'un certain héritage, bref, totalement dans l'air du temps et qui pourtant a le profil de ces albums qui ne vieillissent pas (trop) au fil du temps. Quoiqu'il en soit entre Ski Beatz et les projets Blakroc, Dame Dash a su ramener un son clairement estampillé Blu Roc qui, pour le moment, semble faire mouche à chaque sortie. Souhaitons que ça dure!

24/11/2010

[Chronique] Kid Cudi - Man On The Moon 2 : The Legend Of Mr. Rager (2010)

Genre: Hip Hop décomplexé
Label: G.O.O.D. Music / Universal Motown
Date de sortie: 9 Novembre 2010
Production: Emile, No I.D., Plain Pat, Dot Da Genius, Mike Dean, Kid Cudi, Chuck Inglish, Jim Jonsin, The Smeezingtons, Anthony Kilhoffer, Jeff Bhasker, Blended Babies, Ken Lewis.
Featurings: Cee-Lo Green, Mary J. Blige, Kanye West, Cage, St. Vincent, GLC, Chip Tha Ripper, Nicole Wray.



Clairement détesté par toute une branche du Hip Hop underground (cf. les déclarations de Sean Price à son endroit), adulé par une génération entière de kids aux goûts musicaux aussi éphémères que leur style vestimentaire, qu'est donc cet objet artistico-médiatique qu'est devenu Kid Cudi en presque deux années? Érigé comme un vil chantre du mainstream putassier suite à ses collaborations avec The Crookers ou surtout plus récemment David Guetta, l'enfant de Cleveland n'en est pas moins un artiste à part entière dont l'épaisseur et la portée de ses premiers opus sont, soyons couillus, faites d'un bois extrêmement rare dans l'histoire du Hip Hop. Et si le premier volet de ce diptyque portait sur les rêves et les cauchemars, ce "The Legend Of Mr. Rager" vient s'inscrire dans une réalité brute, concrète et désenchantée où le jeune MC semble se perdre, pour le meilleur et pour le pire.

À l'instar de son précédent opus, Kid Cudi divise le disque en plusieurs actes, relatant cette fois-ci le parcours pour le moins tortueux d'un artiste à la fois fictif et terriblement auto-biographique. Car Cudi ne semble pouvoir créer qu'en puisant dans les parts d'ombre qui l'habitent, rongé par les doutes et la drogue, évoquant l'autodestruction des rockstars du passé. Ainsi, une fois clôturé un premier acte asymétrique tant la solitude relatée semble contagieuse et unanime (les excellents "Scoot Mescudi vs The World" avec Cee-Lo et "REFOREV"), l'album semble sombrer dans une torpeur addictive où les sublimes "Marijuana" et "Mojo So Dope" trônent en monarques déchus.

Mais le MC n'oublie pas de faire remuer nos crânes alors embrumés, au moyen du convaincant "Ashin' Kusher" (Chuck Inglish des Cool Kids aux manettes), de l'étonnant "Erase Me" en compagnie du démiurge Kanye West, de l'épuré et bouncy "Wild'n Cuz I'm Young" ou du plus remuant et électronique "The Mood", mais cet acte, bien que loin d'être raté, soyons clairs, est le moins réussi de ce disque. En revanche, saluons l'efficacité d'un track comme "MANIAC", où le cliniquement dérangé Cage vient copier/coller le flow de Cudi pour un duo fouillant les abysses de la psyché tordue de Mr. Rager. Ce dernier trouvant son hymne avec ... "Mr. Rager", à la fois énergique et lancinant, dont l'hypnotique refrain montre l'artiste s’exhortant presque lui-même à ne pas se perdre plus encore, la thématique se prolongeant presque sur l’envoûtant "The Worries", sombre egotrip jamais creux où Mary J. Blige se tient aux côtés de l'artiste pour affronter ses démons. "The End" vient idéalement clore ce chapitre en compagnie de GLC, Chip Tha Ripper et Nicole Wray.

Enfin, un dernier triptyque vient conclure cette légende, et dans un stupéfiant ballet, la lourdeur des ambiances flirte avec une légèreté bienvenue et quasi-salvatrice, entre solitude ("All Along") et introspection ("GHOST!"). "Trapped In My Mind" offrant un climax formellement proche de la contine pour enfants mais portant paradoxalement le lourd constat d'un être voué à jongler avec ses fêlures...

Alors, nous aurions pu évoquer l'incroyable travail de production des beatmakers Emile, Plain Pat ou encore No I.D., tissant un décor parfait et de haut-vol à ce trip musical. Nous pourrions admettre, en toute objectivité, que Kid Cudi n'est pas le meilleur rappeur de la planète, mais devrions alors statuer qu'il en est un des plus importants. En deux albums (et un street LP), l'homme a su se distinguer, créer un univers unique et intriguant, montrer une maturité artistique et une ouverture d'esprit absolument rares dans le Hip Hop actuel et surtout, là est la clé du personnage et de son succès, développer une expression (subtile mixture de rap et de chant) confinant à l'émotion brute et aussi simple que cela puisse paraître, touchante...

26/11/2009

[Chronique] Blakroc (2009)


Genre: Hip Hop fusion
Label: V2
Date de sortie: 27 Novembre 2009
Productions: The Black Keys
Featurings: Mos Def, Q-Tip, Pharoahe Monch, RZA, Ol' Dirty Bastard, Raekwon, Ludacris, NOE, Nicole Wray, Jim Jones, Billy Danze.


Sur le papier, un projet comme celui de Blakroc a clairement tout pour plaire et faire saliver l'auditeur exigeant en quête de fraîcheur sonore. Mais bien souvent, il s'avère aussi que ce type de projet déçoit de facto dès la touche "play" pressée. Alors qu'en est-il exactement de cet album à l'initiative de The Black Keys, groupe estampillé blues/rock, qui ont fait appel à quelques fers de lance pour honorer leurs compositions bien comme il faut?

D'entrée, on remarquera un album compact (11 tracks, 11 invités, 11 jours de studio, tel était le concept) et sans fioritures (ni intro, ni interludes, etc) qui d'évidence souhaite faire la part belle à ses invités. Ouvrant les hostilités, le regretté mais toujours aussi barré Ol' Dirty Bastard revient de l'au-delà pour rencontrer le sudiste Ludacris sur un "Coochie" efficace et plaisant mais sans réel surprise pour ce type de projet estampillé "fusion".

Il faudra pour ça l'arrivée de Mos Def pour un excellent "On The Vista" qui rend très largement justice au MC de Brooklyn qu'on aura pas vu autant dans son élément depuis belle lurette. Entre rap, spoken word et blues, le dorénavant acteur donnera satisfaction à tous ses fans, d'autant plus qu'il réédite la performance de très belle manière sur le non moins excellent "Ain't Nothing Like You (Hoochie Coo)" en compagnie d'un Jim Jones pas si hors-sujet que ça. Indéniablement, l'ami Mos Def brille et marque l'auditeur et vaut à lui seul l'écoute de cet opus.

Mais ce serait oublier le Wu-Tang Clan (décidemment plutôt en forme ces derniers temps), puisqu'outre feu ODB, le chef Raekwon vient nous concocter un morceau suintant l'asphalte avec le moite et ténébreux "Stay Off The Fuckin' Flowers". Le MC, qui sort d'un très bon LP, continue donc sur sa lancée et livre une performance de qualité sur un son qui lui sied comme un gant. On appréciera aussi sans nul doute la grande forme de RZA, d'ordinaire assez moyen au micro, qui fait le métier sur l'entêtant "Dollaz & Sense" en compagnie du toujours monstrueux Pharaohe Monch, et surprend en solo sur le remuant "Tellin' Me Things". Deux tracks qui rapelleront les grandes heures du Wu, notamment pour le côté "couloir crade" qu'évoquent les sonorités utilisés.

On retiendra aussi l'adéquate présence du soldat Billy Danze, toujours prêt à ouvrir le feu sur n'importe quel beat. Tout d'abord c'est avec le sémillant Q-Tip et Nicole Wray, que la moitié de M.O.P. vient cracher ses douilles avec la véhémence qu'on lui connait, sur le trop court mais très rock et bourré de riffs "Hope You're Happy". Ensuite, c'est aux côtés du toujours nonchalant Jim Jones et encore de Nicole Wray que le MC continue à beugler pour notre plus grand plaisir sur le bluesy et hypnotique "What You Do To Me". On recroisera la demoiselle Nicole sur son solo "Why Can't I Forget Him", plus convenu et dénué de charisme, donc peu ou prou inutile...

Enfin, nouvelle tête émergeant au sein de ce "Blakroc", on remarquera l'énigmatique NOE, qui n'est ni plus ni moins qu'un clône étonnant de Jay-Z, dont les deux tracks ne décollent pas réellement sans être toutefois déplaisants, une fois le mimétisme dépassé. La question se pose donc, n'aurait-il pas mieux valu laisser la place à un MC plus inspiré ou même à Dan Auerbach des Black Keys lui-même dont le chant trop peu présent aurait pu pousser plus avant le côté fusion et aventureux du projet.

En somme, on a là un album certes moins hétéroclite que ce à quoi l'on pouvait s'attendre, mais malgré tout, plusieurs tracks sont largement au-dessus du lot, et l'implication ainsi que la grande forme de certains des invités (Mos Def, RZA, ...) font de "Blakroc" un disque qu'il faut écouter au moins une fois à défaut de l'avoir dans sa discothèque. On aurait peut-être aimé un peu plus de folie mais au vu d'une année bien fade en termes de sortie Hip Hop de qualité, nul doute que chacun y trouvera son compte.