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24/11/2010
[Chronique] Kid Cudi - Man On The Moon 2 : The Legend Of Mr. Rager (2010)
Genre: Hip Hop décomplexéLabel: G.O.O.D. Music / Universal Motown
Date de sortie: 9 Novembre 2010
Production: Emile, No I.D., Plain Pat, Dot Da Genius, Mike Dean, Kid Cudi, Chuck Inglish, Jim Jonsin, The Smeezingtons, Anthony Kilhoffer, Jeff Bhasker, Blended Babies, Ken Lewis.
Featurings: Cee-Lo Green, Mary J. Blige, Kanye West, Cage, St. Vincent, GLC, Chip Tha Ripper, Nicole Wray.
Clairement détesté par toute une branche du Hip Hop underground (cf. les déclarations de Sean Price à son endroit), adulé par une génération entière de kids aux goûts musicaux aussi éphémères que leur style vestimentaire, qu'est donc cet objet artistico-médiatique qu'est devenu Kid Cudi en presque deux années? Érigé comme un vil chantre du mainstream putassier suite à ses collaborations avec The Crookers ou surtout plus récemment David Guetta, l'enfant de Cleveland n'en est pas moins un artiste à part entière dont l'épaisseur et la portée de ses premiers opus sont, soyons couillus, faites d'un bois extrêmement rare dans l'histoire du Hip Hop. Et si le premier volet de ce diptyque portait sur les rêves et les cauchemars, ce "The Legend Of Mr. Rager" vient s'inscrire dans une réalité brute, concrète et désenchantée où le jeune MC semble se perdre, pour le meilleur et pour le pire.
À l'instar de son précédent opus, Kid Cudi divise le disque en plusieurs actes, relatant cette fois-ci le parcours pour le moins tortueux d'un artiste à la fois fictif et terriblement auto-biographique. Car Cudi ne semble pouvoir créer qu'en puisant dans les parts d'ombre qui l'habitent, rongé par les doutes et la drogue, évoquant l'autodestruction des rockstars du passé. Ainsi, une fois clôturé un premier acte asymétrique tant la solitude relatée semble contagieuse et unanime (les excellents "Scoot Mescudi vs The World" avec Cee-Lo et "REFOREV"), l'album semble sombrer dans une torpeur addictive où les sublimes "Marijuana" et "Mojo So Dope" trônent en monarques déchus.
Mais le MC n'oublie pas de faire remuer nos crânes alors embrumés, au moyen du convaincant "Ashin' Kusher" (Chuck Inglish des Cool Kids aux manettes), de l'étonnant "Erase Me" en compagnie du démiurge Kanye West, de l'épuré et bouncy "Wild'n Cuz I'm Young" ou du plus remuant et électronique "The Mood", mais cet acte, bien que loin d'être raté, soyons clairs, est le moins réussi de ce disque. En revanche, saluons l'efficacité d'un track comme "MANIAC", où le cliniquement dérangé Cage vient copier/coller le flow de Cudi pour un duo fouillant les abysses de la psyché tordue de Mr. Rager. Ce dernier trouvant son hymne avec ... "Mr. Rager", à la fois énergique et lancinant, dont l'hypnotique refrain montre l'artiste s’exhortant presque lui-même à ne pas se perdre plus encore, la thématique se prolongeant presque sur l’envoûtant "The Worries", sombre egotrip jamais creux où Mary J. Blige se tient aux côtés de l'artiste pour affronter ses démons. "The End" vient idéalement clore ce chapitre en compagnie de GLC, Chip Tha Ripper et Nicole Wray.
Enfin, un dernier triptyque vient conclure cette légende, et dans un stupéfiant ballet, la lourdeur des ambiances flirte avec une légèreté bienvenue et quasi-salvatrice, entre solitude ("All Along") et introspection ("GHOST!"). "Trapped In My Mind" offrant un climax formellement proche de la contine pour enfants mais portant paradoxalement le lourd constat d'un être voué à jongler avec ses fêlures...
Alors, nous aurions pu évoquer l'incroyable travail de production des beatmakers Emile, Plain Pat ou encore No I.D., tissant un décor parfait et de haut-vol à ce trip musical. Nous pourrions admettre, en toute objectivité, que Kid Cudi n'est pas le meilleur rappeur de la planète, mais devrions alors statuer qu'il en est un des plus importants. En deux albums (et un street LP), l'homme a su se distinguer, créer un univers unique et intriguant, montrer une maturité artistique et une ouverture d'esprit absolument rares dans le Hip Hop actuel et surtout, là est la clé du personnage et de son succès, développer une expression (subtile mixture de rap et de chant) confinant à l'émotion brute et aussi simple que cela puisse paraître, touchante...
Article Rédigé et Publié par
Rip Laimbeer
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Libellés : cage, cee-lo, chronique, chuck inglish, dot da genius, emile, g.o.o.d. music, glc, kanye west, kid cudi, man on the moon 2, mary j blige, nicole wray, no.i.d., plain pat, the legend of mr. rager
25/10/2009
[Chronique] Royce Da 5'9" - Street Hop (2009)

Genre: Hip Hop from the D
Label: M.I.C., One Records
Date de sortie: 20 Octobre 2009
Productions: DJ Premier, Nottz, Denaun Porter, Streetrunner, Emile, Frequency, Carlos Broady, Quincey Tones, Raf Moses.
Featurings: Busta Rhymes, Mr. Porter, Bun B, Joell Ortiz, Slaughterhouse, Phonte, Crooked I, Trick Trick, Kid Vishis, K Young, Jungle Rock Jr.
Malgré tout le talent dont il dispose, ses connexions de haut vol et un solide statut dont il jouit au sein du milieu hip hop, Royce Da 5'9" ne fait-il pas partie de cette race très spéciale de tueurs à gages n'ayant jamais réussi à confirmer tout le bien que l'on pense d'eux sur un long format? Est-ce qu'à l 'instar de Canibus, AZ ou encore Consequence, le MC de Detroit est condamné à rester dans l'ombre en dépit d'un niveau au micro dépassant de loin la moyenne? Est-ce que, enfin, ce "Street Hop", au nom sans saveur et à la cover somptueusement inutile saura prouver la valeur d'un désormais vétéran du rap game dont on n'attend plus forcément grand chose hormis un ou deux 16 bars élitistes semés à droite à gauche (remember les monstrueux "Motown 25" sur le LP d'Elzhi ou encore "Losing Out" sur celui de Black Milk)?
Et force est de constater que Royce s'est finalement décidé à nous, non pas surprendre connaissant ses mic skillz, mais à nous faire plaisir avec un album sentant bon la poudre à banger et l'acier trempé des flows acérés prompts à remuer les cervicales ankylosées de tout backpacker en mal de sensation. Les titres parlent d'eux mêmes: "Gun Harmonizing" (intro tonitruante produite par un Emile en pleine forme), "Soldier" (track lourd et métallique avec Frequency aux manettes) ou encore "The Warriors" (avec son nouveau crew Slaughterhouse et Streetrunner à la prod') sont là pour prouver que Royce n'est pas venu pour plaisanter et laisser l'épée au fourreau...
Rien que les quelques tracks produits par DJ Premier (collaborateur de longue date...) situent le niveau plus que correct dont fait preuve le MC sur cette galette. L'excellent et déjà connu "Shake This", le plus posé "Someting 2 Ride 2" en duo avec Phonte ou encore le profond "Hood Love" en compagnie de Bun B et Joell Ortiz forment un trio de titres prouvant aussi que Primo, contrairement à quelques LP's récemment sortis, est encore capable de nous sortir de vraies écrins à l'intention des joyaux lyricaux les plus ciselés. On retiendra aussi les productions d'Emile (qui officie sur le LP de Kid Cudi), sur "Gun Harmonizing" donc, mais aussi et surtout pour le faux-single "Far Away", pastiche des tracks autotunés qui inondent les ondes depuis un petit moment, mais néanmoins réellement fun et réussi ou encore le plus posé et soulful "On The Run".
Et comment ne pas mentionner le puissant et enervé "Dinner Time", où Royce invite Busta Rhymes (qui n'est jamais aussi bon qu'en featuring) à le suivre dans un flow "drop & stop" sur des riffs de guitares agressifs de fort bon aloi. A noter le remuant et bouncy "Minez In This" de et avec Mr. Porter, ce dernier produisant aussi le beaucoup plus dispensable "Thing For Your Girlfriend", au refrain simplement naze. L'excellent Nottz est aussi de la partie, forgeant deux sons, à savoir le rentre-dedans "Count For Nothing" et son décompte samplant Chuck D mais aussi le plus conquérant "Street Hop 2001", autre temps fort de l'album.
En somme, Royce Da 5'9" nous livre un album plutôt réussi et efficace, qui saura satisfaire son monde et répandre son lot de vibe, de flow et beats massifs de manière efficace. Et si ce disque ne s'inscrira pas dans l'histoire comme une pierre angulaire et incontournable, il a moins le mérite de faire honneur à son auteur et de faire passer un bon moment à tout backpacker qui daignera le passer dans ses headphones!
Article Rédigé et Publié par
Rip Laimbeer
à
21:41
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Libellés : bun b, busta rhymes, chronique, crooked i, dj premier, emile, joell ortiz, mr. porter, nottz, phonte, royce da 5'9", slaughterhouse, street hop, trick trick
22/10/2009
[Chronique] Kid Cudi - The Man On The Man: The End Of The Day (2009)

Genre: Hip Hop progressiste
Label: G.O.O.D. Music
Date de sortie: Septembre 2009
Productions: Kanye West, Emile, Plain Pat, Ratatat, Jeff Bhasker, Dot Da Genius, Matt Friedman, Free School, Crada, The Kickdrums, Nosajthing, The Crookers.
Featurings: Common, Kanye West, Wale, Chip Tha Ripper, MGMT, Ratatat, Billy Cravens.
Chroniquer un album comme celui de Kid Cudi, "Man On The Moon: The End Of The Day", est loin d'être chose aisée, si tenté que l'on soit un minimum exigeant et objectif et que l'on souhaite ardemment ne pas céder aux sirènes (que ce soit celles de l'engouement hype ou du lynchage facile). Car en abordant un tel objet musical, dans son contexte précis, on se doit de mettre de côté tout préjugé sur le courant hipster, la vague anti-Kanye ou encore tout jugement hatif. Non, cet album mérite plus que ça, plus que de forger son opinion sur un remix des Crookers ou une collab' avec David Guetta...
Car soyons limpides d'entrée, "Man On The Moon" est une oeuvre de qualité et réellement à part dans la masse de sorties hip hop actuelles. Son auteur, qui en un peu plus d'un an, a su à la fois se faire signer sur G.O.O.D. Music et influencer clairement un "ego freak" de la trempe de Kanye West dans son orientation artistique, offre un vent de fraîcheur pregnant à un courant qui semble en avoir sans cesse besoin. Scott Mescudi, de son nom civil, est doté d'un réel sens de la mélodie et du refrain, d'un talent inné pour l'introspection et d'un rare goût dans ses choix musicaux et artistiques qui l'aident concrètement à nous livrer un disque cohérent, digeste et homogène (quasiment) de bout en bout, dont les thématiques et les ambiances abordées dépassent les carcans pour l'inscrire sans rougir comme un jalon dans l'histoire de cette musique, dans le sens où l'on trouve ici un nouvel archétype d'artiste qui semble faire des émules...
Divisé en chapitres, eux-mêmes plus ou moins symbolisés par les interventions du très charismatique narrateur Common (choix on ne peut plus judicieux), "The Man On The Moon" nous conte donc les affres et les doutes d'un jeune homme, produit de notre siècle, tiraillé entre son ego, ses rêves, ses faiblesses, ses souhaits et ses fêlures. Il s'agit là de morceaux partant tout d'abord d'atmosphères sombres et quasi-dépressives (Acte 1 & 2) pour finir sur une promesse de bonheur et de renouveau (actes 4 & 5), le tout guidé par la voix de Kid Cudi et une couleur générale (traitements thématiques, sonorités) qui pourra parfois (mais parfois seulement) rappeler "808's & Heartbreak", autotune mis à part.
Et bien malin sera celui qui, des beatmakers hip hop dits "classiques" comme Kanye West ou Emile ou des artistes pop/rock/electro (rayez la mention inutile) tels que MGMT ou Ratatat, saura faire le distingo sans le livret sous les yeux, tant la cohérence (le mot revient) sonore et musicale est de mise ici. Cet opus est très loin d'être un patchwork de hits formatés pour I-tunes mais est bien une oeuvre pensée et réflechie laissant à l'auditeur sa part d'introspection et d'identification (Kudi étant le prototype du "boy next door") tout en étant toujours intriguante d'un point de vue instrumentale. Et il convient parfois de ne pas se laisser abuser par des sonorités mainstream ou des refrains chantés/chantonnés (toujours avec goût et justesse, cependant), pour se laisser toucher par l'émotion sous-jacente que recèlent les plages.
Les textes de tracks comme "Soundtrack 2 My Life", "Solo Dolo" ou encore "My World" montrent clairement que Cudi est un lyriciste à ne pas négliger et que derrière une certaine monotonie apparente, se cache en réalité à la fois des textes touchants et visant justes, mais offrant aussi une complexité vocale certaine. Car au delà d'une certaine nonchalance au micro qu'on pourrait lui reprocher, le Kid varie les flows, les mélodies et les tonalités, et tisse une toile bien moins simpliste qu'une première écoute passive pourrait le laisser supposer et propose surtout un flow et une identité rapologique qui est la sienne, la chose étant assez rare pour être mentionnée.
Et ce fait vaut pour l'album entier, car il est indéniable que le gamin de Cleveland marque d'une empreinte, certes différente, le hip hop actuel et propose une expérience aventureuse et unique qui risque d'enclencher une nouvelle phase au sein de ce mouvement comme d'autres l'ont fait en leur temps. Très clairement, Kid Cudi a tout le"package" lui permettant d'être une figure de proue d'une nouvelle école plus humaine, universelle et proche de ses auditeurs que la sempiternelle image de Superman du ghetto affichée depuis moults années. Sans nul doute précédé par Kanye West, et en compagnie d'artistes tels que Wale (d'ailleurs présent ici), Drake, The Knux ou encore Asher Roth, ce jeune homme sur la Lune devient un peu l'étendard de tout un mouvement certes hype (le soufflé retombera), mais surtout pas dénué de talent, d'intérêt et de contenu, réconciliant (pas toujours) les puristes et les hipsters... On a hâte d'entendre la suite de l'histoire...
Article Rédigé et Publié par
Rip Laimbeer
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Libellés : chronique, common, emile, g.o.o.d. music, kanye west, kid cudi, man on the moon, mgmt, ratatat, the crookers, wale



