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25/10/2010

[Chronique] John Legend & The Roots - Wake Up! (2010)

Genre: Retro Soul
Label: G.O.O.D. Music
Date de sortie: 21 Septembre 2010
Production: The Roots, John Legend.
Featurings: Black Thought, Common, Melanie Fiona, Malik Yusef, CL Smooth.

A l'heure de gloire de ce qu'on nous appelleront sans effort le courant Retro Soul, alors que Raphael Saadiq, Cee-Lo Green ou encore Aloe Blacc trônent en monarques du genre, le fluctuant John Legend tente de redonner un peu de lustre à sa carrière après un "Evolver" anecdotique et quelques featurings douteux en donnant sa version des faits avec ce "Wake Up!". Mais le talentueux chanteur de Chicago ne fait pas forcément les choses comme tout le monde et, plutôt que de recréer une Soul aux accents vintage, il décide plus humblement de reprendre des morceaux existants, ceux-ci ayant l'intérêt non négligeable de se ranger dans le registre engagé et conscient des années 60/70. Autre fait plus que notable, difficile d'en faire abstraction, l'ami ?questlove est aux commandes de la production musicale, accompagné de son fidèle coéquipier James Poyser et du band The Roots au complet. De quoi se lever de son siège?

Et bien, tout d'abord, saluons le retour de John Legend à un registre qui lui convient assurément mieux que celui des refrains sur les albums de Rick Ross ou T.I., n'en déplaise aux amateurs. La voix chaleureuse et sensuelle du chanteur trouve ici un carcan idéal pour s'exprimer pleinement, alliant le fond et la forme, nostalgie et convictions, ainsi que, sans nul doute, un réel plaisir à bosser avec l'un des bands les plus doués et versatiles de la planète. Car si The Roots ont pu se rôder au format du cover au sein du show de Jimmy Fallon, il n'en reste pas moins qu'ils livrent là une prestation de haut-vol, comme on pouvait s'y attendre de leur part.

Plus concrètement, on pourra dire que le groupe de Philadelphie réussit le pari corsé de reprendre avec un réel respect, une vraie passion et une quasi-perfection les morceaux originaux tout en leur insufflant la touche subtile de modernité qui rend le projet intéressant. Nous sommes là en présence d'un son organique et dense, tantôt fougueux et tantôt moelleux, mais dont la qualité n'a de cesse de venir flatter l'oreille de l'auditeur. Des énergiques "Hard Times" (originellement de Baby Huey & The Babysitters) et "Our Generation" (featuring le vétéran CL Smooth) au très laidback "Wholy Holy" de Marvin Gaye, il y a tout un pas que ce petit monde franchit avec une polyvalence et une compétence avérée.

On saluera des titres de la trempe du single "Wake Up Everybody", reprise de Harold Melvin & The Blue Notes, qui voit le collègue Common (ainsi que Melanie Fiona) on ne peut plus à l'aise dans ce genre d'atmosphère appelant à la prise de conscience. Notons aussi, toujours originaire de Chicago, la présence de poète Malik Yusef introduisant un "Little Ghetto Boy" tiré du répertoire de Donny Hathaway où l'ami Legend et Black Thought (plusieurs fois présent au sein de l'opus) oeuvrent de concert pour nous offrir cette saveur si particulière que possède la Soul engagée. Saveur que l'on retrouve sur "Hang On In There" ou encore "Compared To What".

Quand à lui, le long et volumineux "I Can't Write Left Handed" mérite un instant d'arrêt. Morceau pas forcément le plus populaire du légendaire Bill Withers écrit lors de la guerre du Vietnam et Blues viséral venant flirter avec le Gospel, il est donc ici réinterprété pendant douze minutes avec une énergie Rock totalement adéquate et grisante où la guitare de Captain Kirk vient faire des merveilles. Néanmoins, petit bémol au tableau, John Legend paraît ici un brin fade et lisse, manquant de ce vécu et de cette profondeur des artistes d'alors qui handicape parfois l'écoute générale, ou du moins lui enlève un certain réalisme. Malgré tout, soyons honnête, le cadre de chez G.O.O.D. Music signe sur ce "Wake Up!" sa meilleure prestation, de longue date. Seule composition originale, "Shine" vient clôturer cette oeuvre collective sur un Gospel court et enjoué tout à fait sympathique.

Alors, s'il serait idiot de bouder notre plaisir devant la qualité intrinsèque des titres proposés et d'ignorer la performance des acteurs en présence, il est toutefois important d'apporter un relatif mais sérieux contrepoids à l'engouement que peut susciter ce "Wake Up!". En effet, au delà du contenu légitime, on pourra tout de même soulever quelques doutes quand à la capacité réelle de se renouveler artistiquement pour John Legend et de nous offrir quelque chose de frais et personnel comme il avait pu le faire autrefois sur l'excellent "Once Again". On guette donc l'artiste au tournant pour son réel prochain solo, en espérant que cette expérience aura pu le nourrir et l'inspirer.

14/12/2009

[News] Ankh's back

Après un splendide "New Amerykah Part 1" qui a probablement mis tout le monde d'accord, l'iconique Erykah Badu se décide enfin à nous offrir la suite tant attendue de ses aventures avec la deuxième partie de ce projet sensé être une trilogie. Et donc, ce "New Amerykah Part 2, Return Of The Ankh" serait donc prévu pour le 23 Février prochain...

A quoi peut-on réellement s'attendre? Et bien, nous savons d'ors et déjà que la team de producteurs présente sur le premier opus sera reconduite, à savoir Sa-Ra et principalement Shafiq Husayn, ?uestlove, James Poyser, Karriem Riggins, Georgia Ann Muldrow, Madlib et 9th Wonder, mais nous aurons aussi le plaisir d'entendre encore un beat de J Dilla. Un peu plus d'un dizaine de titres donc, qui pourraient aussi compter dans leur nombre un track featuring Bilal et ... Lil Wayne, nommé "Jump In The Air and Stay There", et prévu pour exister en dix versions différentes, avec à chaque fois un MC différent (on parle notamment de l'excellent Andre 3000). Wait & see, donc...

On aura aussi le plaisir de retrouver l'artiste Emek à la réalisation de la pochette, comme pour le premier volet. Bref, largement de quoi attendre encore un peu plus de deux mois, pour ce qui s'annonce sans trop de doutes comme l'un des disques de l'année à venir!

01/08/2008

[Chronique] Skillz - The Million Dollar Backpack (2008)

Genre: Hip Hop
Label: Big Kidz Ent./Koch Records
Date de sortie: 2 Juillet 2008
Productions: Questlove, James Poyser, Nottz, Bink, Jake One, DJ Jazzy Jeff, Skillz, Kwame, A Kid Named Cus, Karma, Fusion Unlimited, Khari Ferrari, Usef Dinero.
Featurings: Freeway, Common, Black Thought.

Skillz, alias Mad Skillz pour les plus vieux d'entre nous, est clairement un MC à part. S'il porte rudement bien son nom, le bonhomme n'a jamais réellement percé et se contente de jouer de temps à autre les trublions (on pense à ses "Rap Up" annuels et parodiques). Mais, s'il est aussi un ghostwriter connu (demandez donc à P.Diddy), Skillz n'est en aucun cas un MC à sous-estimer, bien au contraire. Doté d'un flow sans faille, d'un véritable sens de la punchline et d'un certain charisme, c'est donc avec un réel plaisir que nous acceuillons ce "Million Dollar Backpack".

Et soyons clairs d'entrée, nous voilà en face d'un album parfaitement solide. Les bons sons se succèdent, des beats assez efficaces viennent donc épauler la voix aigue de Skillz qui prouve à qui ne le savait pas qu'il est clairement un MC tout-terrain. Parfaitement à l'aise sur un gros banger "Roc-A-Fellien" ("Don't Act Like You Don't Know" avec l'excellent Freeway) ou sur le terrible "Sick" produit par le vétéran Kwame (non, l'autre), il sait aussi se poser (le très bon "So Far So Good" accompagné de Common, ou bien le terrible et jazzy "Hold Tight" produit par le binôme Questlove et James Poyser et épaulé par Black Thought). L'ancien de l'écurie Rawkus prouve qu'il s'adapte à n'importe quel beat avec aisance. Une aisance qu'on retrouve aussi sur les plus convenus mais néanmoins agréables "Where I Been", "My Phone" ou "I'm Gon' Make It". On notera par contre l'excellent "Crazy World" aux cuivres lourds et à l'ambiance très 30's, titre super efficace s'il en est.

Pour en revenir aux textes de Skillz, il est indéniable de constater que l'intéressé reste totalement intestable en matière de métaphores et de punchlines, en attestent des tracks comme "Sick" ("I was sick before the South had hits/sick before you knew how to download something this sick/so sick, and slick with the tongue/sick before ‘Ye and Swizz Beatz knew how to chop them drums."). Mais malgré toutes ces évidentes qualités, on se surprend tout de même à avoir un léger regret concernant cet opus...

En effet, pourquoi Skillz, un personnage qui a tant de recul sur le game et son évolution, n'est t'il pas plus aventureux dans la forme? S'il est évident que l'homme aime à bénir des beats classiques, on aimerait largement l'entendre sur des sonorités plus folles et osées, en adéquation avec l'artiste. Car, soyons clairs, si cet album reste solide et plaisant, il n'est pas non plus un classique potentiel et nous laisse finalement avec cet arrière-pensée dommageable que Skillz est un ghostwriter/punchliner qui n'arrive décidement pas à confirmer pleinement son potentiel... Rendez-vous au prochain "Rap Up"!

03/04/2008

[News] Can't Stop, Won't Stop!

L'annonce est désormais officielle, le nouvel album du géant de la Soul music, Al Green, devrait débarquer le 27 Mai 2008. L'album se nommera "Lay It Down" et sortira sur le mythique label Blue Note.

La nouvelle ne serait pas excitante outre mesure si la chose n'était pas produite par Amhir "?uestlove" Thompson, l'éclectique batteur de The Roots, et James Poyser, tous deux membres des feu Soulquarians.

Si l'on rajoute à cela une liste d'invités comprenant John Legend, Anthony Hamilton et Corinne Bailey Rae, on peut vraisemblablement s'attendre à un grand album.

11/03/2008

[Chronique] Erykah Badu - New AmErykah Part 1(4th World War) (2008)

La diva de la Nu-Soul a su se faire attendre, c'est le moins que l'on puisse dire. A l'heure où de nombreux et nouveaux talents émergent de par le globe (Muldrow, Muhsinah, Epps, Lockhart, ...) et où la concurrence directe peine à surprendre (album clairement décevant de Jill Scott), la reine Erykah Badu se devait d'abattre ses cartes. Voici donc venir, roulements de tambours à l'appui, ce "New AmErykah Part 1 (4th World War)", venu pour fleurir nos âmes...

Et ce n'est ni plus ni moins que le légendaire Roy Ayers qui entâme les hostilités avec "Amerykahn Promise", véritable brûlot funk suant les seventies! On est en plein dedans, Erykah endossant avec classe le rôle de la star de blaxploitation, poussant le délire jusqu'au boût, et dieu que c'est bon! S'en suit l'ode au Hip Hop nommé "The Healer" (grâcieuseté de Madlib), venant transcender les religions pour nous faire toucher le ciel via ce qui nous relie finalement tous (du moins ici): cette musique, cette culture... Le génial beatmaker d'Oxnard produit aussi le perché et calme "My People", aux ambiances tribales et salvatrices. De son côté, Karriem Riggins co-produit l'excellent "Soldier", très orienté hip hop et Dillaesque à souhait. L'âme de Jay Dee nous rend aussi visite sur le très soulquarian "Telephone", où Questlove et James Poyser viennent apporter toute leur musicalité pour un long et savoureux instant de soul.

Autres invités, les Sa-Ra séparent leur combo pour nous pondre plusieurs oeuvres scintillantes. Tout d'abord, Shafiq Husayn vient co-produire ce "Me" indubitablement soulquarian dans l'esprit et ainsi évidemment et éminemment réussi. Autres collaborations avec Husayn, le barré et pourtant très boom bap "The Cell", l'excellent "Twinkle" flirtant discrètement avec des sonorités electro bienvenues (Taz Arnold se rajoute ici) ou encore le très laidback "That Hump" où Husayn et Om'Mas Keith s'associent à Badu pour un track plus classique mais néanmoins complètement efficace. L'apogée de ce travail commun avec les Sa-Ra est la gemme "Master Teacher", où la chanteuse, accompagnée de Georgia Ann Muldrow (ainsi que Bilal et Ty & Kory aux choeurs), nous délivre un somptueux moment de pure nu soul pendant presque 7 minutes...

Mais si la forme de ce "New AmErykah" nous prouve, comme le titre l'indique, que madame Badu a su apporter un nouveau souffle à sa musique, le fond n'est également pas en reste. En effet, nous avons là un album emprunt de maturité et de conscience, à la fois sociale, politique, spirituelle et tout simplement humaine. Des thèmes comme le quotidien de la communauté afro-américaine, les fléaux que sont la drogue, la violence dans les ghettos, mais aussi l'ouragan Katrina et ses désastreuses conséquences sont abordés ici. La situation au Moyen-Orient est bien entendu évoquée, notamment en ce qui concerne l'occupation de l'Irak. Ainsi, Badu renoue avec ses racines, ses valeurs et du même coup avec celles de la Soul. La fleur est donc belle, mais aussi bardée d'épines pour qui ne saurait y prendre gare.

Cette 1ère partie est donc non seulement une réussite, mais aussi bien plus que ça, Badu a posé un véritable jalon à la fois pour la soul et pour la culture Hip Hop dans sa globalité. Elle a fait preuve d'audace en allant voir d'autres beatmakers, en se risquant et se livrant tout au long de ce voyage où morceau après morceau, elle parvient à la fois à embellir nos âmes et nourrir nos consciences.

Et quand on sait que ce joyau sera suivi sous peu de deux autres volumes (entamés par le sucré succès "Honey", produit par 9th Wonder, offert ici en guise de bonus track), on ne peut que se convertir séance tenante au Baduizm.